Les agriculteurs bretons confrontés aux nouvelles exigences des consommateurs

Rennes (France), 10 décembre 2004 – Première région agro-industrielle française, la Bretagne est confrontée à une crise de ses productions traditionnelles aux effets souvent dévastateurs sur l’environnement et à de nouvelles exigences des consommateurs en matière de sécurité alimentaire et de qualité.

« Aujourd’hui, aucune production ne fonctionne et tout le monde est inquiet (…) Même le lait, qui était considéré comme une valeur sûre, pose problème », affirme Michel Lavanant, l’un des dirigeants du groupe agro-alimentaire breton Eolys.

Qu’il s’agisse du porc, de la volaille, de la viande bovine, des légumes, toutes les productions habituelles doivent faire face à une concurrence accrue, qu’elle soit le fait de nouveaux membres de l’Union Européenne, comme la Pologne pour les légumes, ou de pays hors UE qui produisent à moindre coût, comme le Brésil pour la volaille.

De plus, les nuisances engendrées par cette agriculture industrielle sont pointées du doigt depuis des années et de moins en moins tolérées par la population : développement des algues vertes sur les côtes qui met à mal le tourisme, taux de nitrates dans l’eau, ou excès de lisier dont la gestion continue à poser problème.

Pour Yves Morvan, un économiste qui anime la section prospectives au conseil économique et social, l’avenir de l’agriculture bretonne passe désormais par la diversification d’un côté et une agriculture classique « plus concurrentielle » de l’autre.

En termes de diversification, « un certain nombre de niches sont à développer », à commencer par la culture bio pour laquelle la Bretagne est déjà la première région française, avec 5% de la production.

La région a aussi développé avec succès depuis quelques années la production de kiwis ou de fleurs. « Le risque avec les niches, c’est d’être copié », concède cependant M. Morvan.

Autre voie de diversification, des productions agricoles à destination de l’industrie, comme le lin -lequel, outre ses qualités textiles, est un gros producteur d’Omega3, très prisé actuellement- ou les énergies vertes.

Rendre « plus concurrentielle » l’agriculture traditionnelle passe « par la diminution des coûts et des charges » ainsi que par « une meilleure organisation de la production », assure Yves Morvan.

Pour l’économiste, être concurrentiel passe aussi par « une stratégie de qualité (…) en matière de traçabilité comme d’environnement » à laquelle ne répondent pas toujours les nouveaux concurrents. La crise de la vache folle comme celle de la grippe aviaire ont frappé les esprits.

Tout cela se traduira par « une agriculture plus concentrée » marquée par un accroissement de la taille des exploitations et une diminution du nombre d’agriculteurs, de mieux en mieux formés.

Michel Lavanant reste lui sceptique quant à ces possibilités d’évolution de l’agriculture : « Les gens se disent prêts à acheter du bio mais ils ne sont pas prêts à le payer », estime-t-il.

Quant à modifier fondamentalement les modes de production, « le productivisme ne peut pas être remis en cause car il fait partie intégrante du système », assure-t-il.

Ce responsable des ressources humaines confie « recevoir de plus en plus de candidatures d’agriculteurs qui ont réussi à vendre leur ferme et pensent qu’ils vivront mieux en tant qu’ouvrier dans l’agro-alimentaire ».

Il y a actuellement entre 50.000 et 60.000 exploitations agricoles en Bretagne. Il y en avait 200.000 dans les années cinquante. « En 2015, il y en aura entre 30.000 et 40.000 », selon Michel Morvan.

Source : AFP

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