Les appellations d’origine, nouvelle pomme de discorde transatlantique

Californie (États-Unis), 14 août 2003 – Avant la conférence de l’Organisation mondiale du commerce qui se tiendra mi-septembre à Cancun (Mexique), une guerre transatlantique des appellations d’origine prend forme, les Européens entendant protéger l’utilisation commerciale de certains noms de produits comme le vin de Bourgogne et le jambon de Parme.

Les partisans de ces changements estiment qu’ils sont nécessaires pour empêcher les agriculteurs européens de perdre des parts de marché face à des produits portant le même nom, mais fabriqués ailleurs. Toutefois les Etats-Unis et les grands producteurs de produits alimentaires et de vins américains ne l’entendent pas de cette oreille. Ils soulignent que ces changements en sont pas raisonnables et ne prévoient pas de mesure de réciprocité pour les appellations américaines, comme les pommes de terre de l’Idaho.

« Pour résumer, la vraie question pour nous est celle de l’équité », souligne Eleanor Meltzer, une avocate du Bureau américain des brevets et des marques à Washington. Les changements devraient être discutés lors de la réunion de l’OMC organisée du 10 au 14 septembre à Cancun.

Certaines appellations sont déjà reconnues par la réglementation américaine. Ainsi le chocolat suisse vendu dans le pays est censé venir de Suisse. Mais les autorités américaines estiment que d’autres termes sont devenus génériques, comme le fromage de cheddar, que les habitants de Cheddar (Angleterre) vendaient déjà il y a plus de 800 ans. Le sherry ou xérès vient de la ville espagnole de Jerez de la Frontera, mais le terme englobe désormais de nombreux vins de liqueur aux Etats-Unis.

Un autre cas est celui du champagne. L’appellation s’applique à n’importe quel vin léger et pétillant produit aux Etats-Unis, même si l’étiquette doit en préciser la provenance, par exemple « Champagne de New York ».

Gary Heck, patron de la société californienne Korbel Champagne Cellars qui commercialise du « champagne de Californie » depuis 1882, entend bien continuer à utiliser le nom de la célèbre boisson. « Si on ne voulait pas que les Etats-Unis utilisent les termes ‘champagne de New York’, ‘champagne de Californie’ ou ‘champagne de Pennsylvanie’, il fallait le dire il y a 120 ans », dit-il.

Selon lui, il n’y a pas de risque que les consommateurs puissent confondre son produit, en raison de l’étiquetage qui précise la provenance, avec du champagne français.

De leur côté, les responsables de l’UE veulent protéger les appellations des produits européens. « Nous pensons que c’est une approche très raisonnable pour protéger quelque chose qui est très important pour les producteurs en terme de tradition mais aussi sur le plan économique », souligne Maeve O’Beirne, attachée de presse de la Commission européenne à Washington.

Le chablis, par exemple, se rapporte à un vin bas de gamme aux Etats-Unis, qui n’a rien à voir avec le vin blanc produit dans la région de Chablis, en France, à partir du cépage chardonnay. Les agriculteurs européens « sont lésés économiquement en terme de part de marché si le consommateur ne peut faire la différence entre le produit original et une imitation », souligne Mme O’Beirne.

Source : AP

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