Les appellations, produits “refuge” en cas de crise de sécurité alimentaire

Nantes (France), 11 juin 2005 – Les crises récentes de la « vache folle » ou du « poulet à la dioxine » ont provoqué un engouement des consommateurs pour les produits alimentaires « labellisés » avec l’un des Signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO), comme AOC, Label Rouge ou AB, perçus comme des garants de qualité.

« Dans les cas de crise de sécurité alimentaire, le consommateur a trouvé dans les SIQO un produit refuge », a expliqué Philippe Mauguin, directeur de l’Institut national des appellations d’origine (INAO), en marge du salon européen des produits agricoles et agroalimentaires sous signes officiels de qualité et d’origine (Squalim) qui s’est déroulé cette semaine à Nantes.

A la suite de la crise de la dioxine de juin 1999, la production de volailles sous Label Rouge, l’un des quatre SIQO existant actuellement en France, a ainsi connu une hausse de 5% sur l’année par rapport à l’année précédente, alors que la filière avicole française voyait sa production globale baisser de 4%. Et ce mouvement s’est amplifié l’année suivante avec une production labellisée en progression de 12% dans un secteur globalement en recul de 1%.

La seconde crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB, maladie de la vache folle) entre 1999 et 2000 a entraîné elle aussi une hausse sensible de la production de viande bovine Label Rouge, passée de 27.191 tonnes en 1999 à 35.096 tonnes en 2001 dans un secteur en pleine tourmente.

« Les consommateurs associent les graves crises sanitaires avec l’absence de traçabilité », note Marie Guittard, directrice adjointe de la Direction des politiques économiques et internationales (DPEI) au ministère de l’Agriculture.

Les SIQO sont aussi « un rempart pour le consommateur contre la mondialisation des goûts et la délocalisation des productions », note de son côté M. Mauguin. « Ces produits véhiculent une image forte, il y a plus que la valeur gustative », estime-t-il.

Les professionnels s’accordent à dire que les SIQO doivent notamment leur succès aux Grandes et moyennes surfaces (GMS) qui ont démocratisé l’accès aux produits sous signes officiels (66% des poulets entiers vendus en 2003 en GMS étaient labellisés) et se sont engouffrées dans le créneau en créant des produits de marque sous appellation ou labellisés.

Un des handicaps des SIQO (qui rassemblent les AOC, le Label Rouge, le label CCP et le label « bio » AB) reste cependant le manque de lisibilité pour les consommateurs. L’amélioration de cette lisibilité est d’ailleurs prévue dans la Loi d’orientation agricole (LOA) qui sera présentée au Parlement la deuxième quinzaine de juin, de même qu’une meilleure adaptation des SIQO aux classifications européennes.

Mais la multiplication des produits « labellisés » peut aussi engendrer un effet négatif.

« Trop d’appellations tueraient les appellations », affirme Mme Guittard, citant pour exemple la crise viticole actuelle, alors que 50% de la production est pourtant sous Appellation d’origine contrôlée (AOC). Les 468 AOC viticoles répertoriées par l’INAO n’ont fait, en l’occurrence, qu’accentuer une perte de crédibilité auprès du consommateur.

Les AOC demeurent en revanche encore rares dans d’autres secteurs comme les fruits et légumes ou la viande bovine, qui ne compte que deux AOC, le taureau de Camargue et la viande bovine Maine-Anjou.

Source : AFP

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