Les biocarburants, possible “pétrole vert” pour la France

Paris (France), 14 septembre 2005 – Les biocarburants peuvent devenir « le pétrole vert » de la France si le gouvernement décide, malgré l’avis contraire des pétroliers, d’autoriser leur incorporation directe dans les carburants, estiment syndicats et experts agricoles.

« Pour realiser l’objectif de 7% de valeur énergétique, donc 9% du volume des carburants en 2010, annoncé mardi par le Premier ministre Dominique de Villepin, il va falloir construire une douzaine d’usines supplémentaires et créer 20 000 emplois directs », affirme un des experts du dossier, avant la tenue de « Terre Attitude », organisée par les Jeunes Agriculteurs (JA) de vendredi à dimanche à Arras (Pas-de-Calais), sur le thème « Babette fête l’énergie verte ».

« Cet objectif représente 1,6 million d’hectares de colza et de tournesol et de 300 000 à 500 000 hectares de blé, maïs et betteraves à sucre », souligne Laurent Degenne, membre du conseil d’administration des JA, favorable à la remise en culture de terres en jachère afin de freiner la disparition d’exploitations.

Selon les JA, la France enregistre chaque année une perte nette de 30 000 exploitations, sur un total de 600 000.

« Mais cet objectif ne pourra être atteint que si l’on permet l’incorporation directe des biorcarburants dans les carburants, comme cela est le cas aux Etats-Unis et au Brésil », remarque Pierre Gatel, chargé de mission à l’Association générale des producteurs de blé (AGPB).

Le Brésil produit déjà 10 millions de tonnes de biocarburants et les Etats-Unis 8 millions, alors que le total français atteignait seulement 513 000 tonnes en 2004, soit 1,2% des carburants consommés en France, produits à partir de 323 000 hectares, soit 1,1% de la surface agricole utile (SAU).

« Or, le raffinage français refuse l’incorporation directe, car les pétroliers préfèrent retarder cette échéance incontournable, pour privilégier la voie actuelle de l’ETBE (éther dérivé de l’éthanol), qui leur assure une rente de situation », assure M. Gatel.

« Les professionnels ne pourront lancer leurs outils de production que si le marché existe », explique Alain Jeanroy, porte-parole de la filière éthanol, selon qui « il appartient au gouvernement de rendre possible l’incorporation directe d’éthanol dans l’essence ».

Depuis l’annonce de M. de Villepin, seul Cristal Union, 2ème opérateur français du marché du sucre, associé au groupe Champagne Céréales, a confirmé la construction à Bazancourt (Marne) d’une raffinerie « verte », baptisée Cristanol, pour produire dès 2007 de 80 000 tonnes annuelles de bio-éthanol, à partir de betteraves et de céréales.

Mais les acteurs de l’agriculture craignent que la France, à l’instar de la Suède, n’importe de l’éthanol bon marché du Brésil, si l’Union européenne consent à baisser ses barrières douanières lors de la négociation de l’OMC à Hong-Kong fin 2005.

« Ce serait une absurdité d’autoriser le Brésil à exporter plus d’éthanol, car la filière française serait tuée dans l’oeuf avant d’avoir obtenu des gains de productivité », souligne M. Degenne, en dénonçant « la frilosité politique qui a déjà des conséquences ».

« Le savoir-faire et les capitaux français sont en effet déjà partis au Brésil » selon M. Degenne, qui cite le groupe coopératif français Tereos, N°2 mondial du sucre (marque Beghin-Say), qui produit dans ses six usines sud-américaines 3 millions d’hectolitres d’éthanol, avec 9,5 millions de tonnes de canne à sucre.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Jeunes agriculteurs
http://www.cnja.com

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