Les biostimulants à la conquête des grandes cultures

L’histoire de l’agriculture est marquée de grands bonds de productivité, de l’invention de la charrue à la mécanisation généralisée des cultures, en passant par la chimie et la génétique. Ces dernières années cependant, la croissance des rendements s’essouffle. Le prochain grand bond sera-t-il celui des biostimulants?

Après avoir fait leurs preuves en culture maraîchère, les biostimulants prennent d’assaut les grandes cultures. La vague est si profonde que les grandes multinationales de l’agrochimie y investissent des millions. Près de chez nous, des joueurs locaux sont déjà positionnés pour tirer leur épingle du jeu. Le Bulletin les a interrogés.

Algues du fleuve

Récolte d'algues. PHOTO : Organic Océan

Récolte d’algues. PHOTO : Organic Océan

C’est sur les rives du Saint-Laurent dans les environs de L’Isle-Verte que l’entreprise québécoise Organic Océan récolte la matière première de son biostimulant : l’algue brune Ascophyllum nodosum. Cette algue a des propriétés qui lui permettent de survivre aux marées quotidiennes, qui lui imposent l’asphyxie sous l’eau salée par marée haute, et l’exposition à l’air, au soleil et au froid intense par marée basse.

« Nous avons choisi cette algue pour en extraire certaines molécules actives et les formuler de façon à pouvoir transférer, en quelque sorte, une partie de ces propriétés d’adaptation aux stress à des plantes terrestres », explique Martin Poirier, président et fondateur d’Organic Océan.

Le produit Folium3 Tonic est disponible dans le réseau de La Coop fédéré. Il s’agit d’un liquide conçu pour se mélanger avec les autres produits (herbicides, engrais liquides, etc.) appliqués avec le pulvérisateur, afin d’éviter le coût supplémentaire d’un passage au champ. Il aurait la capacité d’augmenter le rendement en stimulant le développement de la masse racinaire et en induisant une meilleure résistance à plusieurs types de stress, dont le manque d’eau.

Dans le soya, l’augmentation de rendement se chiffre entre deux et cinq pour cent, confie Martin Poirier. Des essais sur le maïs auront lieu cette année.

Algues de Bretagne

Des produits à base d’algues marines devraient être disponibles chez William Houde dès cette année. Ce réseau de vente d’intrants agricole appartient au Groupe Roullier, déjà connu pour sa production de biostimulants en Europe.

À partir d’algues prélevées en eau salée en Bretagne, le Groupe Roullier fabrique des extraits qui donneraient d’excellents résultats dans plusieurs cultures. Il est question de 20 % plus de rendement dans la production de pommes de terre et de 500 kg/ha de plus dans le soya et le maïs.

L’introduction de ces produits au Canada est la mission d’Abderrezak Khedim. « Ces biostimulants préviennent les stress, illustre-t-il. Dans le maïs, par exemple, le plant a environ 60 jours entre la pollinisation et la maturité pour fabriquer et remplir ses grains. Pour un rendement de 12 t/ha, c’est 200 kg par jour par hectare. Pour chaque jour de stress pendant lequel le plant se protège et n’absorbe pas d’eau et de minéraux, il y a une perte. »

En application foliaire, les biostimulants auraient pour effet de stimuler l’appétit des plantes, les encourageant à prélever plus de nutriments dans le sol, explique Abderrezak Khedim. « Les algues que nous utilisons sont au sommet du règne végétal en ce qui a trait à la production de matière sèche, dépassant les 200 tonnes par hectare par année. C’est dix fois plus que le maïs. »

Mycorhizes

Le géant québécois des biostimulants, c’est Premier Tech, à Rivière-du-Loup. Son produit Myke Pro est répandu en production horticole. On le retrouve facilement en jardinerie, notamment pour les gazons. Il s’agit d’un inoculant mycorhizien. Il n’offre rien de moins aux plantes qu’une extension de leurs racines sous forme d’un réseau de champignons microscopiques.

Avec le soya et les pommes de terre, Myke Pro donnerait jusqu’à dix pour cent d’augmentation de rendement. Dans le maïs, on parle de cinq à six pour cent plus de rendement. Le produit fonctionne aussi avec le blé, les pois et les lentilles.

« Des mycorhizes, il y en a déjà dans le sol, mais en quantité insuffisante et pas nécessairement bien positionnée près des semences, explique Serge Gagné, directeur de la recherche et du développement chez Premier Tech. De plus, les saisons chez nous sont courtes, donc il est important que la mycorhization se fasse tôt, pour que la plante en profite pendant toute la saison. »

Lors des épisodes de sécheresse, les mycorhizes font une grande différence, soutient Serge Gagné. « Dans le maïs, nous avons eu des essais où par période de sécheresse, les feuilles des plants mycorhizés n’avaient pas tendance à s’enrouler », rapporte-t-il. La mycorhization aiderait aussi à traverser des printemps froids, du temps pluvieux ou d’autres stress.

Lisez l’article au complet dans Le Bulletin des agriculteurs d’avril 2015.

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