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Les marchés des grains de créneau sous la loupe

Il y a les grains conventionnels : le maïs, le soya et les trois céréales traditionnelles. Et il y a ces nombreux grains qu’on dit spécialisés ou de créneau. Ces derniers intéressent une proportion grandissante de producteurs, alléchés par une prime sur le prix qui vient compenser des exigences techniques souvent plus élevées. Nous avons voulu prendre le pouls de ce marché auprès de ceux qui achètent ces grains en commençant par le blé et le soya.

Blé de consommation humaine : la production est repartie à la hausse

Le volume de production du blé de consommation humaine a repris sa croissance depuis quelques années après avoir décliné à partir d’environ 2007. « Le volume varie passablement d’une année à l’autre, observe Christiane Boulet, agente de commercialisation à La Coop fédérée : 53 000 tonnes en 2015-2016 et 78 000 en 2016-2017. Pour 2017-2018, elle est évaluée à 63 000 tonnes, ce qui se situe au-dessus de la moyenne des cinq dernières années. » La majeure partie de la production est destinée aux minoteries montréalaises et à l’exportation.

« Il n’y a pas de raison pour qu’on ne puisse pas développer la production du blé de consommation humaine, lance Sébastien Lavoie, directeur du Service des grains chez Agri-Marché. On se trouve à deux ou trois heures de route des principaux utilisateurs alors que le blé de l’Ouest doit voyager pendant trois jours. En plus, nos producteurs disposent d’un plan B avec le blé fourrager, ce que n’ont pas les producteurs de l’Ouest. À mesure que les centres de grains s’équipent pour conditionner le blé, il y aura de plus en plus de potentiel de marché. »

« La valeur du dollar canadien donne un coup de pouce, poursuit-il. Le fait que le cheptel laitier grossisse et que les besoins en paille augmentent a sûrement une influence aussi. »

Il faut cependant admettre que vendre aux minoteries constitue un défi. « Elles fonctionnent généralement avec des contrats et il y a évidemment différents critères à respecter, explique Christiane Boulet : taux de protéine, indice de chute, toxines, etc. Or, on ne connaît la qualité du grain québécois qu’à la récolte. » L’agente de commercialisation ajoute : « Il y a un peu plus de flexibilité du côté des exportateurs, car si une partie du blé ne se qualifie pas, ceux-ci peuvent le diriger vers le marché fourrager ».

Un défi particulier, il en existe aussi un pour le blé d’automne. Il faut savoir que son contenu protéique tend à être inférieur à celui du blé de printemps. « En moyenne, il y a environ seulement le tiers de la récolte qui classe, rapporte Sébastien Lavoie. Cette année, on est chanceux, ce sont les trois quarts. »

Le « blé d’agriculture raisonnée » constitue un produit distinct. C’est ainsi qu’on appelle le blé produit à forfait pour les Moulins de Soulanges. La régie de ce blé est soumise à un cahier de charges qui, entre autres exigences, exclut les traitements pesticides, sauf sous dérogation dans certaines situations limites.

Selon le président de l’entreprise, Robert Beauchemin, le volume de production poursuit sa croissance. « On a une croissance soutenue depuis le début de l’entreprise, en 2007, affirme-t-il. On transforme actuellement environ 35 000 tonnes de blé par an. » L’entreprise cible à la fois le marché canadien et le marché international.

Soulignons que les Moulins de Soulanges transforment à la fois du blé d’automne et du blé de printemps. L’entreprise vise un taux protéique de 11 % à 11,5 % dans le blé d’automne et de 12 % à 12,5 % dans le blé de printemps. « Les deux blés ont des protéines de composition différente », indique Robert Beauchemin pour expliquer l’écart des seuils.

Les soyas, l’un décline, les autres montent

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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