Les producteurs de lait ont passé l’année 2003 sur la corde raide

Longueuil (Québec), 13 avril 2004 – En route vers leur assemblée générale annuelle qui se tiendra les 14 et 15 avril à La Malbaie, les productrices et producteurs de lait dressent le bilan d’une année au cours de laquelle ils ont dû faire face à des enjeux de taille, dont plusieurs demeurent à l’ordre du jour de 2004.

Crise de l’ESB
Les producteurs de lait subissent encore les contrecoups de la crise provoquée par la découverte d’un cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) il y a près d’un an, en Alberta. Ils reconnaissent les efforts desgouvernements pour les soutenir à travers la crise. La nouvelle aide fédéraleannoncée au mois de mars et qui offre pour la première fois une compensationpour les veaux et les génisses, en est un exemple. Toutefois, malgré lesprogrammes gouvernementaux annoncés au cours de l’année 2003, la chute du prixde la vache de réforme et l’embargo américain ont provoqué des pertes de80 millions de dollars dans le secteur de la production laitière. « C’est sanscompter que les producteurs n’ont pas encore touché un sou des compensationsannoncées en novembre dernier et que 30 000 bovins ne sont toujours pascouverts par les programmes d’aide. Les producteurs ont besoin que l’aideannoncée se transforme rapidement en argent réel », indique M. Jean Grégoire,président de la Fédération des producteurs de lait du Québec. Les producteursdénoncent aussi les abus de certains intermédiaires qui, selon eux, profitentde la situation pour engranger des profits sur le dos des agriculteurs et desconsommateurs.

Négociations de l’OMC
Les négociations de l’OMC sur le commerce agricole dans le cadre du cyclede négociations de Doha ont tenu les producteurs en haleine pendant une bonnepartie de l’année 2003. Les propositions mises sur la table ne permettaientpas le maintien à long terme de la gestion de l’offre qui encadre lesproductions québécoises et canadiennes de lait, d’oeufs et de volailles. Lagestion de l’offre permet d’offrir aux consommateurs des produits de qualité àprix abordables, crée des milliers d’emplois chez nous et favorise uneagriculture à dimension humaine, respectueuse des ressources et del’environnement. Elle permet aux producteurs d’obtenir un revenu stable et unepart plus juste du dollar du consommateur, sans avoir recours aux subventionsgouvernementales. « Une des conséquences possibles de la libéralisation ducommerce international en agriculture est que les pays verront diminuer leurcapacité d’approvisionner leur population avec des aliments de qualitéproduits localement. Ce ne sont pas seulement les agriculteurs qui en ferontles frais, mais également les consommateurs », prévient M. Grégoire. Leprésident ajoute que les productions sous gestion de l’offre ne contribuentpas au désordre du marché mondial des produits agricoles puisqu’elles seconsacrent au marché national. De plus, le Canada offre un accès réel plusimportant à ses marchés des produits laitiers, de la volaille et des oeufs quela plupart de ses partenaires commerciaux, notamment les Etats-Unis etl’Europe. Selon le président « la gestion de l’offre est un modèle agricoleéquitable qui représente une solution d’avenir, notamment pour lesagriculteurs des pays en développement. »

Même si l’échec de la conférence de Cancun a accordé un certain répit auxagriculteurs et aux négociateurs canadiens, les propositions mises de l’avantau terme des derniers travaux pourraient maintenant servir de base à lareprise des discussions. La partie est loin d’être gagnée.

Pour faire face à cette menace au développement de notre agriculture, GO5Coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l’offre a été crééeen juillet 2003 en marge de la miniconférence ministérielle de l’OMC àMontréal et compte aujourd’hui plus de 11 000 membres, et plusieurs appuisprestigieux, dont ceux de la ministre de l’agriculture du Québec, MmeFrançoise Gauthier et du chef de l’Opposition officielle, M. Bernard Landry.La Coalition termine tout juste une tournée de sensibilisation dans lesrégions du Québec et poursuivra ses efforts de recrutement et de promotionpour défendre ce modèle agricole équitable. L’objectif du mouvement estd’appuyer le gouvernement canadien afin qu’il obtienne, au terme desnégociations, les conditions nécessaires à la préservation de la gestion del’offre au Québec et au Canada.

La Fédération souhaite que les deux paliers de gouvernement réitèrentl’importance de maintenir la gestion de l’offre à l’issu des négociations del’OMC.

Revenu des producteurs
La crise de l’ESB est venue aggraver une situation financière déjàdifficile. En 2003, seulement 30 % des producteurs de lait canadiens ont pucouvrir leur coût de production, incluant une rémunération de leur travail.Devant l’insuffisance manifeste du prix du lait de la ferme, les producteurss’attendaient à ce que la Commission canadienne du lait (CCL) corrige le tiren annonçant des hausses substantielles. Malheureusement la CCL n’a pas saisil’occasion et la hausse annoncée a déçu les attentes des producteurs :l’augmentation de quelque 2 cents du litre accordée pour le 1er février 2004ne comble même pas les pertes liées à l’ESB. Rappelons que la CCL s’estengagée en 2002 à augmenter le prix du lait de la ferme de façon à ce que 50 %des producteurs aient recouvré leurs coûts de production, incluant larémunération de leur travail, au 1er février 2006. Les producteurs attendentla visite du président de la CCL, M. John Core, à leur assemblée et luiréclameront une nouvelle annonce d’augmentation pour le 1er août prochain.

Croissance du marché
Point positif, la croissance de la demande canadienne de lait et deproduits laitiers s’est répercutée au Québec avec une hausse des parts demarché des producteurs de l’ordre de 4,5 % en 2003. La consommation canadiennede fromage a augmenté de 4 % et le yogourt a continué d’afficher un taux decroissance avoisinant les 10 %. Il s’agit de bonnes nouvelles pour lesproducteurs qui tirent tous leurs revenus du marché, sans subventions del’Etat.

Les 7 925 fermes laitières québécoises mettent en marché collectivementpar le biais de leur Fédération près de 3 milliards de litres de lait parannée dont la valeur à la ferme est de 1,8 milliard de dollars. Ces ventesreprésentent 30 % de tous les revenus agricoles au Québec. Répartie sur toutle territoire du Québec, on évalue que la production laitière génère quelque61 000 emplois directs et indirects.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de lait du Québec
http://www.lait.org

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