Les subventions à l’agriculture au coeur des débats à Cancun

Cancun (Mexique), 12 septembre 2003 – Au deuxième jour de la conférence de l’OMC à Cancun, les Etats-Unis et l’Union européenne ont tenté jeudi d’enfoncer un coin dans la nouvelle unité affichée par les pays en développement pour réclamer la suppression des généreuses subventions accordées par Washington et Bruxelles à leurs agricultures.

L’Union européenne et le Japon réclament de leur côté de nouvelles directives concernant les investissements à l’étranger, ce que les pays en développement ont refusé.

« C’est futile », a déclaré le ministre malaisien du Commerce, Rafidah Aziz en parlant du projet de réglementation des investissements, ajoutant que les pays qui y sont favorables sont « une minorité ».

Ces échanges illustrent les profondes divisions que doivent surmonter d’ici dimanche les ministres réunis à Cancun afin de relancer les discussions sur la libéralisation des échanges initiées à Doha en novembre 2001.

L’agriculture est le point le plus crucial parce qu’elle est la principale source de revenus pour la plupart des pays pauvres. Ces derniers soulignent que les 300 milliards de dollars de subventions distribuées principalement par les Etats-Unis et l’UE à leurs agriculteurs empêchent leurs produits d’être compétitifs.

A l’extérieur du centre de conférence, la journée s’est déroulée dans le calme tandis que les militants altermondialistes célébraient la mémoire d’un Sud-Coréen qui s’est suicidé mercredi pour dénoncer la politique de l’OMC.

G21
Un groupe de 21 pays dont certains gros exportateurs agricoles comme le Brésil, la Chine ou l’Inde, s’est constitué pour exiger l’abolition totale des aides sans pour autant offrir un plus large accès à leurs propres marchés.

« Il y a un changement important dans la dynamique de cette organisation », a estimé le ministre australien du Commerce Mark Vaile, dont le pays milite au sein du groupe de Cairns pour la suppression des subventions agricoles et la réduction de nombreuses barrières tarifaires. « La balance penche davantage du côté des partisans de réformes », a-t-il ajouté.

Mais les Etats-Unis ont ironisé sur l’unité prétendue de ce nouveau groupe d’interlocuteurs.

« Le principe unificateur de ces pays n’est pas très clair à nos yeux », a déclaré Peter Allgeier, délégué adjoint au Commerce. « D’un côté, il y a certains de ces pays qui sont parmi les plus ambitieux sur la réforme de l’agriculture. De l’autre côté du spectre, il y a des pays qui n’ont pas été des avocats de la réforme », a-t-il estimé.

Un autre responsable américain s’est interrogé à voix haute sur le fait de savoir comment le Brésil, qui réclame une refonte totale des aides agricoles, pouvait cohabiter au sein du G21 avec l’Inde, qui possède certains des tarifs douaniers les plus élevés au monde et rechigne à ouvrir ses marchés.

« Nous sommes pas certains du ciment qui les unit, hormis le fait de vouloir que leurs voix soient entendues. Notre but est de travailler avec ceux qui partagent notre ambition plus large de faire que quelque chose se passe ici. Nous pensons qu’un grand nombre de pays membres de ce groupe sont dans ce camp », a dit ce responsable du gouvernement américain.

Pas de libéralisation à sens unique
Du côté de l’Union européenne, on a estimé que le G21 « ne constitue pas une sorte de menace ». « C’est une alliance temporaire qui veut pousser ensemble en faveur des intérêts communs de ses membres », a déclaré Arancha Gonzalez, une porte-parole des Quinze.

Un échec de la réunion de Cancun sur la question des subventions agricoles, qui figure au coeur des discussions, signifierait l’échec de la conférence dans sa totalité.

L’Union européenne a posé des limites aux concessions qu’elle est prête à envisager et les Etats-Unis soulignent que la libéralisation ne peut être à sens unique.

« Si nous disons à nos agriculteurs de réduire leurs subventions, il nous faudra leur apporter quelque chose en échange », a prévenu Josette Shiner, déléguée adjointe au Commerce.

Les ministres participant à la réunion ont donné jeudi leur feu vert à l’adhésion de deux pays en développement, le Cambodge et le Népal.

Source : Reuters

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