L’UE a encore du chemin à faire pour boucler la réforme de la PAC

Luxembourg (France), 19 juin 2003 – Après un deuxième échec des négociations sur la réforme de la politique agricole commune (PAC), les ministres de l’Agriculture des Quinze et la Commission européenne ont encore du chemin à faire s’ils veulent boucler le dossier la semaine prochaine.

Pour la deuxième fois en dix jours, les Quinze ont dû ajourner leurs négociations sur cet épineux dossier, incapables de rapprocher suffisamment leurs positions. Il doivent de nouveau se retrouver mercredi après-midi à Luxembourg.

Le ministre grec de l’Agriculture, Georgios Drys, qui présidait la réunion, a assuré que d’ici cette date, tout serait mis en oeuvre pour « parvenir à une solution de compromis améliorée » pour que cette réforme, enclenchée en juillet 2002, aboutisse avant la fin juin, date de la fin de la présidence de son pays.

Mais il a également invité la Commission et les Etats membres à faire « des efforts », reconnaissant que la question était « avant tout politique ».

Des contacts ont déjà eu lieu au plus haut niveau, le président français Jacques Chirac s’étant entretenu de la PAC jeudi soir avec plusieurs de ses partenaires au sommet européen de Salonique (Grèce), selon l’Elysée.

Les discussions à Luxembourg ont achoppé sur deux dossiers clés de la réforme proposée par le commissaire européen Franz Fischler : d’une part le découplage, qui consiste à supprimer le lien entre les aides directes aux agriculteurs et le niveau de la production, et d’autre part la baisse des prix d’intervention sur les céréales et les produits laitiers à partir desquels l’UE soutient les agriculteurs en cas de chute des cours.

Cette semaine, le commissaire a fait un pas en direction des plus farouches opposants à son projet de réforme, parmi lesquels la France et l’Espagne, en acceptant le principe d’un découplage seulement « partiel » pour les céréales, les bovins et les ovins, et non plus « total » comme il le souhaitait à l’origine.

Cette concession n’a pas suffi à remporter l’adhésion des Quinze. La France notamment demande qu’un pourcentage plus important des aides directes puissent rester liées à la production.

Outre ces deux aspects de la réforme, de nombreux autres points du plan sont toujours contestés, comme par exemple les modalités de réorientation d’une partie des aides directes vers des projets de développement rural (modulation).

Selon une source européenne, au bout du compte jeudi soir, deux tiers des Etats membres refusaient, à des degrés divers, la proposition amendée de la Commission et de la présidence grecque : la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, l’Irlande, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche et la Finlande.

Le ministre français de l’Agriculture, Hervé Gaymard, a estimé qu’il manquait un « certain nombre de signes » dans la dernière proposition. Mais « sur certains sujets », il y a eu des « avancées », ce qui « veut dire que les choses peuvent bouger », a-t-il jugé. M. Drys s’est de son côté voulu optimiste à l’issue de la réunion, affirmant que « les interventions ont montré que des rapprochements sont possibles ».

M. Fischler lui-même a assuré que l’exécutif européen allait « faire son possible pour aboutir ». Durant les négociations, le commissaire a toutefois souligné à plusieurs reprises qu’il n’entendait pas abandonner « la substance » de son projet, qui vise notamment à passer d’une agriculture productiviste à un modèle plus écologique et qualitatif.

Selon la Commission, la réforme de la PAC envisagée doit en outre permettre à l’UE d’aborder en « position solide » les négociations lors de la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre à Cancun (Mexique).

Source : AFP

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