Mobilisation pour sauver les terres noires

Une Chaire de recherche voit le jour pour la conservation et la restauration des sols destinés à la culture maraîchère.

Des producteurs et des chercheurs collaborent pour freiner la dégradation des sols organiques qui servent à la production d’une forte proportion des légumes qu’on consomme au Québec. Ils lancent une nouvelle Chaire de recherche mandatée de conserver et de restaurer ces sols qui se dégradent présentement à un rythme de 2 cm par année.

« Nos sols montrent des signes de fatigue », a expliqué Jean Caron, titulaire de la nouvelle Chaire de recherche lors de son lancement le 24 avril à Sherrington. Les rendements mondiaux plafonnent, et ce, même si le génie génétique est au rendez-vous, a-t-il ajouté. La Chaire de recherche arrive à point nommé, selon lui, car si rien n’est fait, il ne restera presque plus rien de nos sols dans 30 ans.

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En Montérégie-Ouest, là où se retrouvent les plus gros producteurs maraîchers du Québec, il y a eu une perte de 120 cm de sol depuis 1960. Comment? Par érosion éolienne, tassement et oxydation. Jean Caron et son équipe de chercheurs de l’Université Laval travailleront en collaboration étroite avec des producteurs du coin pour trouver des solutions concrètes à ce problème. Ils testeront l’efficacité de diverses interventions en conservation des sols sur le terrain tout en ayant le souci de la rentabilité des entreprises en tête.

Éventuellement, les connaissances acquises seront intégrées dans un logiciel qui pourra être utilisé par les producteurs. Ces nouvelles pratiques permettront aussi de meilleures performances agronomiques, une réduction de la pollution des eaux souterraines sans compter une augmentation de la séquestration du carbone dans le sol.

Quatorze entreprises maraîchères de la Montérégie-Ouest ont contribué financièrement à la mise en place de la Chaire de recherche.

Cette Chaire de recherche a été mise sur pied grâce à un soutien financier de 11,2 M$, dont 7 M$ proviennent d’apports de 14 entreprises maraîchères de la région. « C’est très positif que les producteurs investissent dans un projet comme ça, a dit Jean Caron. C’est la première fois qu’on sent un tel engouement du milieu. » Toutefois, il faut une volonté collective aussi pour y parvenir, selon lui, les consommateurs doivent être conscients que quand ils achètent des produits, ils posent un geste qui peut faire une différence.

À ce titre, le producteur maraîcher Jean-Bernard Van Winden a profité de la conférence de presse pour mentionner que l’arrivée du nouveau Guide alimentaire canadien était un beau cadeau pour eux. Selon les recommandations du guide, la moitié de l’assiette des gens devrait être composée de fruits et de légumes. « Le défi, c’est de mettre des légumes canadiens dans l’assiette, mais pour ça, il faut garder nos sols et répondre aux besoins des consommateurs. » Il a lancé un appel aux gouvernements aussi d’investir davantage dans la recherche pour réduire l’utilisation des pesticides et faire face aux changements climatiques. « En horticulture maraîchère, on est les premiers touchés par les changements climatiques, a soutenu le producteur. On a plus de pression des bactéries et des champignons, il faut s’adapter. »

 

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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