OMC : concessions annoncées par l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis sur l’agriculture

Paris (France), 16 mai 2004 – Les grands pays émergents du G20, qui avaient tenu tête aux pays du Nord en septembre lors de la conférence de l’OMC à Cancun, se retrouvent désormais sous pression, après les concessions annoncées par l’Union européenne (UE) et les Etats-Unis sur l’agriculture pour les amener à négocier.

A Cancun, le G20 avait joué un rôle décisif dans la fronde des pays du Sud, qui ont refusé de négocier de nouvelles mesures pour ouvrir leurs marchés en estimant que l’UE et les Etats-Unis n’avaient pas assez réduit leurs subventions à l’agriculture, qui faussent le marché mondial et empêchent le développement agricole au Sud.

Or Bruxelles et Washington se sont déclarés prêts cette semaine, pour le premier à éliminer les subventions agricoles à l’exportation, et pour le second à mieux « discipliner » le soutien qu’ils apporte à ses agriculteurs, avec l’objectif de relancer les négociations par un accord-cadre en juillet.

Lors de réunions de l’OCDE et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UE et les Etats-Unis ont également accepté, sur les sujets dits « de Singapour », de n’ouvrir de nouvelles négociations que pour faciliter les échanges, et non plus sur l’investissement, la concurrence et la transparence des marchés publics.

A Cancun, le refus par certains pays pauvres et émergents d’ouvrir les négociations sur ces quatre sujets avait aussi contribué à l’échec de la conférence.

Le G20 a saluéces gestes faits en sa direction, en parlant de « signes positifs ».

Mais le G20 reste très remonté sur un point, celui de l’accès aux marchés, c’est-à-dire la baisse des droits de douanes agricoles, estimant que la formule proposée par les Américains et les Européens permettait à ces derniers de continuer à protéger certains secteurs comme le lait ou le sucre.

« Cette formule, c’est un véritable permis de tuer. Le G20 dans son ensemble n’en veut pas », a répété vendredi le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim.

Qu’à cela ne tienne: vendredi, l’UE et les Etats-Unis, tout à leur volonté d’éviter un nouveau Cancun et de faire repartir le train des négociations avec la G20 à bord, ont invité ce dernier à s’impliquer dans les discussions en proposant une nouvelle formule de baisse des droits de douanes agricoles.

« Nous devons avancer et dessiner un cadre de négociation sur l’accès aux marchés agricoles », a déclaré le représentant au Commerce américain, Robert Zoellick, en se déclarant « confiant » que les pays du G20 « vont prendre toute leur part » dans cette relance des négociations.

« Nous allons faire une proposition là-dessus, début juin », a assuré Celso Amorim, indiquant ainsi sa volonté de faire passer le G20 de la stratégie défensive de Cancun à une stratégie plus offensive de proposition.

Le G20 recevra l’appui du groupe de Cairns, qui rassemble 17 pays exportateurs agricoles, pour mettre au point une nouvelle formule sur l’accès aux marchés, a indiqué le ministre canadien du Commerce international Jim Peterson.

L’UE et les Etats-Unis sont restés assez vagues vendredi sur ce qu’ils attendaient en retour du G20, notamment dans le domaine non-agricole.

Mais ils ont indiqué qu’ils comptaient poursuivre les négociations de baisse des droits de douane industriels et de libéralisation des services, qui représentent un marché potentiel énorme pour leurs grandes entreprises.

Du côté du G20, M. Amorim a prévenu qu’« en aucun cas on n’arrivera à séparer le Brésil et l’Inde », en réponse à une question sur une éventuelle stratégie euro-américaine de division du G20, dont les membres ont des intérêts qui peuvent être divergents en fonction des dossiers.

L’Europe cherche aussi à convaincre ces grands pays émergents de se rallier à l’idée d’un traitement différencié en faveur des pays les plus pauvres, c’est-à-dire d’ouvrir davantage leurs marchés à ces derniers.

Source : AFP

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