OMC : L’Europe a intérêt à se rapprocher de l’agriculture des pays en voie de développement

France, 14 mars 2002 – « L’Union européenne ne sauvera ses intérêts agricoles dans le concert international qu’à deux conditions », a affirmé Pascal Lamy, en charge de la négociation sur le commerce international pour l’Europe lors d’un débat organisé par la FNSEA lors de son 56ème congrès national à Versailles. « La première est qu’elle soit unie, car alors elle pèse un gros poids » et la seconde est « qu’elle passe des accords et mette sur pied des systèmes de compréhension avec les pays en voie de développement ».

Les PVD sont de plus en plus nombreux autour de la table (120 sur un total de 140) et « leur position n’est plus assimilable » à celle des autres comme par le passé. « Leur souci est de satisfaire leurs propres besoins en soustrayant de la négociation ce qui correspond à leur propre sécurité alimentaire ». De là est née l’idée des PVD d’une boîte verte (aides admises par l’OMC), qui exonérerait un certain nombre de leurs produits des engagements prévus par l’Organisation mondiale du commerce. La position de l’UE dans les négociations est claire, selon Pascal Lamy. « L’agriculture n’est pas une activité comme les autres ». Il n’est donc pas question de la réduire à la production de biens marchands et de la soumettre aux mêmes règles que les autres secteurs. Elle est en cela soutenue par le Japon, la Corée, le Norvège et la Suisse notamment.

En revanche, elle est en opposition directe avec les convictions du groupe libéral de Cairns (Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine etc ..), qui présente un front uni de principe plus que de fait, contre les subventions (350 milliards de dollars dansla zone OCDE sur trois ans, soit 7 fois le PNB néo-zélandais) et pour un accès élargi aux marchés. L’agriculture est « une industrie et pas comme un secteur spécial ayant besoin d’être soutenu », commente Richard Grant, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur de Nouvelle-Zélande. D’ailleurs « les gains de productivité de notre agriculture ont quadruplé depuis que nous avons supprimé toutes les aides agricoles en 1985 », a-t-il ajouté. « Le libre-échange n’est pas une fin en soi mais un aboutissement au bien-être social, notamment celui des PVD ».

Inutile de dire que ce point de vue n’est pas partagé par l’Afrique, qui ne comprend pas ce qu’elle fait à une table de négociations ne discutant pas des productions, qui font l’essentiel (80%) de sa subsistance. L’Afrique, dont la voix était portée par Mamadou Cissokho, président d’honneur des organisations rurales de l’Afrique de l’ouest, réclame le droit de produire ses besoins, d’inscrire dans les accords internationaux que 80% de sa production émane d’une agriculture familiale et de « protéger son système le temps qu’elle se prépare ». « Faute de quoi nous serons bouffés ».

Comme à l’intérieur du groupe de Cairns, les positions diffèrent selon les PVD. L’Egypte, importateur net avec seulement 2 millions d’hectares pour assurer la subsistance de 68 millions de personnes, voudrait pour sa part devenir exportateur. Magi Farahat, ministre représentant l’Egypte auprès de l’OMC, souligne que l’agriculture egyptienne (38% des actifs) est le premier fournisseur de l’industrie alimentaire et textile, qui emploie 30% de la main d’oeuvre dans le pays. « Le commerce est pour nous un moteur de développement ».

Les Etats-Unis, qui jouent traditionnellement l’alliance avec le groupe de Cairns au début du cycle de négociations, veulent à la fois « un filet de protection pour leur agriculteurscontre les variations de prix et de revenu » et « un accès plus large aux marchés mondiaux ». Cette position inclut une extraordinaire augmentation des aides directes aux agriculteurs américains, une baisse substantielle des aides accordées par les autres pays et exclut de discuter les garanties des crédits américains, (pourtant jugée très perturbatrice des échanges par ses concurrents), ainsi que de sa politique d’aide alimentaire, a précisé Charles Hanrahan, chargé de politique agricole au Congrès américain. Un véritable jeu de quatre coins.

Source : Les Échos

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