« OMC : sortez-nous l’agriculture de là ! » – Laurent Pellerin

Québec (Québec), 29 novembre 2005 – « Le gouvernement canadien se leurre complètement lorsqu’il prétend que les présentes négociations de l’OMC vont contribuer à des règles de marché équitables sur la scène mondiale. Il est grand temps d’ouvrir les yeux : l’agriculture à la manière de l’OMC a débouché sur une baisse du revenu généralisée, les agriculteurs et les ruraux du monde entier se sont appauvris. Sortez-nous donc l’agriculture de là! »

C’est le cri qu’a lancé le président de l’UPA, M. Laurent Pellerin, cet après-midi, dans son discours annuel au congrès général de l’UPA, le 81e dans l’histoire de l’organisation.

Devant un parterre d’un millier de personnes, où était présent le Tout-Québec agricole, le président de l’UPA a servi un sérieux avertissement à l’endroit du gouvernement canadien et de ses négociateurs, les prévenant qu’ils ne doivent pas sacrifier l’agriculture sur l’autel de l’OMC, à plus forte raison qu’ils ont reçu de la Chambre des communes et de l’Assemblée nationale deux motions unanimes les enjoignant d’obtenir le maintien de la gestion de l’offre à l’issue de ces négociations.

Sachant que les États-Unis ont ce modèle agricole dans la mire, le président de l’UPA s’est dit particulièrement inquiet du sort des productions qui l’utilisent (lait, poulet, dindon, oeufs de consommation, oeufs d’incubation). Si ce qui est actuellement sur la table à l’OMC devait être entériné, a-t-il indiqué, cela signifierait le commencement de la fin pour la gestion de l’offre, qui concerne notamment 40 % de la production agricole du Québec.

« Il est totalement inéquitable, a-t-il justifié, de demander aux producteurs d’ici de donner plus d’accès à leurs marchés intérieurs, alors que les États-Unis et l’Union européenne refusent de concéder un réel accès au leur et continue de déverser leurs produits subventionnés sur le marché des autres. »

Plus largement, c’est l’enthousiasme persistant du Canada envers les négociations de l’OMC qui agace le président de l’UPA. « Qu’est-ce que ça nous a donné jusqu’ici à nous autres, producteurs et productrices, ces accords-là? demande-t-il. Je vois une agriculture en crise au pays, depuis des années, et le secteur céréalier ne s’est jamais enfoncé aussi profondément dans le marasme. Je n’ai jamais entendu personne à Ottawa se demander si on pouvait vivre avec ça en agriculture… »

Cette naïveté de boy-scout « toujours prêt », M. Pellerin la voit parfaitement illustrée dans le Cadre stratégique pour l’agriculture, justement mis en place pour satisfaire aux exigences de l’OMC. Cette prétendue stratégie n’a pu freiner le plongeon de l’agriculture canadienne, qui ne s’est jamais portée aussi mal depuis que cette politique agricole est en place. « Il y a seulement le Canada pour se faire ainsi plus catholique que le pape, ironise-t-il, soulignant que nos principaux concurrents sont loin d’avoir fait preuve d’autant de vertu ».

« À quoi sert de vouloir faire du commerce pour faire du commerce si c’est pour saper les bases de notre agriculture », de s’indigner M. Pellerin, qui remet en question l’idée même d’inclure ce secteur économique dans ce genre de négociations. « Cet entêtement est d’autant plus ridicule, plaide-t-il, qu’on sait que 94 % du commerce agricole mondial se fait sur les marchés intérieurs, que seulement 6 % fait l’objet d’échanges internationaux et que, sur cette dernière portion, la très, très large part du commerce se fait sans problème. »

« Si ces pourparlers internationaux doivent avoir un sens, a-t-il poursuivi, il faut qu’ils reposent sur le concept de la souveraineté alimentaire afin que chaque nation puisse avoir les pleins pouvoirs de se doter de politiques utiles au développement de son agriculture. La production agricole de tous les pays doit d’abord générer de la richesse sur le marché national. Les produits importés doivent suppléer aux insuffisances de l’agriculture « domestique » sans pour autant faire une concurrence déloyale à la production intérieure. »

« En clair, ce à quoi les producteurs s’attendent du Canada, à Hong-Kong, de réclamer le président de l’UPA, c’est qu’il défende le modèle agricole canadien avec le même leadership sans précédent dont il a fait preuve pour faire reconnaître le droit des pays à adopter une politique culturelle préservant leur production nationale et leur diversité culturelle, même s’il a dû, pour ça, affronter la vive désapprobation des Américains. Culture et agriculture, même combat! »

« Jusqu’ici, a conclu M. Pellerin, le principal résultat de l’Uruguay Round est d’avoir accru les revenus des multinationales et des grands réseaux de commercialisation. Où est la véritable place des agriculteurs dans tout cela quand il faudrait pourtant qu’ils soient au centre des débats? À la limite, il se pourrait que l’échec de l’entente soit une bien meilleure chose que le succès d’un nouvel accord… du pire. »

Un bilan positif
Le président de l’UPA a par ailleurs profité de son discours annuel pour dresser un bilan positif des actions du monde syndical agricole depuis le congrès spécial de l’UPA, en juin 2004, sur la crise du revenu. « Si devant l’ampleur de la tâche qui se dressait devant nous il y a dix-huit mois, il y avait des doutes, on peut dire aujourd’hui que nous avons confondu les sceptiques », de résumer M. Pellerin.

Pour appuyer ses dires, il a notamment cité l’achat de l’abattoir Colbex par les producteurs agricoles, le reconnaissance par le gouvernement du transfert injuste du fardeau fiscal sur les épaules des agriculteurs (dossier dont on attend qu’il soit réglé une fois pour toutes par le gouvernement, et très rapidement!), les nouveaux programmes complémentaires en sécurité du revenu, la nouvelle entente sur les services-conseils et plusieurs décisions juridiques déterminantes à l’avantage des outils collectifs de mise en marché, dont trois de la Cour suprême.

M. Pellerin a par ailleurs salué les nombreux efforts mis de l’avant dans plusieurs productions agricoles pour mettre de l’ordre dans leur mise en marché afin d’améliorer le revenu des producteurs. C’est le cas, entre autres, dans l’agneau-mouton, la chèvre, le lapin, le sirop d’érable et les grandes cultures, autant de secteurs où « les résultats obtenus font la preuve du bien-fondé de notre démarche », de souligner le président de l’UPA.

« Ce contexte difficile et notre stratégie d’action nous ont permis de resserrer les coudes et de faire consensus sur les objectifs à atteindre. Tout est loin d’aller pour le mieux, de reconnaître M. Pellerin, mais nous avons su faire face au pire, et il y a une certaine embellie. Il faut, a-t-il conclu, continuer dans cette voie garder les manches bien retroussées et mettre à profit toute la force de notre action collective ».

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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