Première grande enquête française sur le lien pesticides-cancer

Paris (France), 30 mars 2005 – La première enquête française à grande échelle sur le lien suspecté entre pesticides et cancer est lancée cette année auprès des agriculteurs, a annoncé la Mutualité sociale agricole lors d’une conférence de presse.

La MSA va envoyer des questionnaires à 600 000 agriculteurs actifs et retraités de 12 départements, qui disposent d’un registre des cancers et sont représentatifs de la population agricole (Calvados, Doubs, Bas Rhin, Haut Rhin, Isère, Loire Atlantique, Manche, Somme, Tarn, Vendée, Gironde, Côte d’Or).

« Nous espérons suivre pendant plusieurs années 80 000 personnes », a expliqué Jean-Pierre Grillet, médecin chef de la MSA.

Les agriculteurs sont la population professionnelle la plus exposée aux produits phytosanitaires, ou « pesticides », utilisés pour combattre mauvaises herbes (herbicides), champignons (fongicides) et insectes (insecticides).

Ces produits sont pour certains très toxiques, occasionnant des intoxications aiguës à haute dose, mais aussi des risques à plus long terme (cancers, reproduction).

La France, première puissance agricole européenne, est au 2e ou 3e rang mondial pour l’utilisation de pesticides. Pourtant, on manque cruellement d’information sur les effets de ces produits à long terme sur la population française.

Les études épidémiologiques sont pour l’essentiel nord-américaines, scandinaves ou italiennes, et ne « collent » pas forcément à la réalité française, où on utilise par exemple plus de fongicides (pour lutter contre les champignons dans notre climat tempéré) que dans d’autres pays.

L’enquête tentera d’expliquer pourquoi les agriculteurs développent moins de cancers que le reste de la population, mais plus de cancers spécifiques (cancer de la prostate et de l’estomac, leucémies, lymphomes malins, myélomes, cancers cérébraux ou cutanés).

On sait seulement que les agriculteurs fument moins. Mais « en dehors du tabac, on ne sait quasiment rien », remarque Pierre Lebailly, épidémiologiste au centre anti-cancéreux de Caen, en charge de l’enquête.

L’enquête, dont les premiers résultats sont attendus en 2008, permettra de mieux protéger les agriculteurs.

La MSA a déjà obtenu le retrait de produits particulièrement dangereux, comme l’arsenic de soude, interdit en 2001. Ce produit restait largement utilisé en viticulture en dépit de son caractère cancérigène certain, car il n’a pas de substitut pour lutter contre une maladie du cep de vigne.

La Mutualité met aujourd’hui en garde contre les risques d’une famille de fongicides, les dithiocarbamates. Une enquête auprès de 56 agriculteurs de 7 départements montre que la phase de préparation du produit (une poudre) est très contaminante. Il suffirait de porter un masque 5 mn pour réduire les risques.

En Gironde, une enquête sur 247 sujets atteints de la maladie de Parkinson vient de conclure à un risque multiplié par 1,85 pour les agriculteurs exposés au moins 15 ans aux pesticides.

Les experts s’interrogent sur l’exposition de la population aux pesticides. Pierre Lebailly juge « essentiel de mener une enquête définissant les niveaux d’exposition de la population générale, avec des prélèvements sur l’eau, dans l’air etc ».

D’autant que les agriculteurs ne sont pas seuls utilisateurs: les jardiniers ont souvent la main lourde, selon Alexandre Nicolay, chef de projet Phytosanitaire à la MSA.

Les molécules des pesticides sont également présentes dans de nombreux produits domestiques. « Un anti-moustique en flacon qui diffuse pendant 20 nuits représente 2.000 fois la dose que vous absorbez en buvant une eau contaminée », explique M. Lebailly.

Source : AFP

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