Des prix qui progressent encore pour les terres agricoles

Le prix des terres agricoles au Canada continue d’augmenter, bien que la hausse affichée en 2018 soit la moins soutenue depuis plusieurs années, soit 2010.

La valeur moyenne des terres agricoles au Canada a augmenté de 6,6 % en 2018, selon le rapport Valeur des terres agricoles 2018 de Financement Agricole Canada (FAC). Ce  chiffre était de 8,4 % en 2017 et de 7,9 % en 2016.

Toutes les provinces ont affiché une croissance des prix, sauf la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador. Le Québec inscrit la croissance la plus forte des provinces avec 8,3% en 2018, après avoir progressé de 8,2 % en 2017 et de 7,7 % en 2016.

La croissance de la valeur des terres s’explique par une demande toujours présente, mais plus prudente, signe d’investissements plus stratégiques selon FAC. « L’augmentation constante de la valeur des terres agricoles incite les producteurs à investir de manière plus stratégique », déclare Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef de FAC. « Qu’il s’agisse de payer plus cher pour des terres qui pourraient être plus productives ou d’acheter des blocs de terres pour améliorer l’efficience de leur exploitation, les producteurs évaluent leur situation tout en tenant compte de la variabilité des prix des produits de base. »

Au Québec, la valeur des terres agricoles augmente depuis 1986. La hausse de 2018 à 8,3% est la plus faible depuis 2010. Si la croissance se maintient dans la province, c’est une question de demande et de disponibilité. Le revenu agricole au Québec aurait moins souffert que dans le reste du Canada dans la dernière année, les producteurs de cultures et les secteurs soumis à la gestion de l’offre demeurant les principaux acheteurs de terres agricoles au Québec.

L’Est du Québec a affiché la plus forte hausse de la valeur moyenne de ses terres, ce qui s’explique par la forte demande et les prix plus abordables. La plus forte hausse de la valeur moyenne des terres agricoles a été observée dans la région du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie, soit 17,7 %, suivie des régions de Chaudière-Appalaches et du Saguenay – Lac-Saint-Jean, avec des augmentations moyennes de 13,3 %. Les terres en Montérégie, suivies de celles de la région de Laurentides-Lanaudière, ont atteint le prix par acre le plus élevé de la province.

La tendance à la hausse devrait se maintenir pour 2019, surtout si les taux d’emprunt diminuent, comme l’a indiqué dernièrement la Banque du Canada. Reste à voir maintenant si les prix des céréales, des légumineuses et des oléagineux se stabiliseront durant l’année. Tout comme l’ont montré les chiffres pour les semis, les achats de terres sont fortement liés aux prix des céréales. Comme les marchés sont perturbés par les conflits commerciaux, que ce soit entre la Chine, les États-Unis, le Canada et l’Inde, un règlement de ces chicanes commerciales devrait permettre un revenu agricole plus stable, selon M.Gervais.

L’autre élément à surveiller selon l’économiste repose sur les impacts de la peste porcine africaine qui sévit en Chine. Avec des pertes qui seraient plus importantes que prévu, à hauteur de près de 25% du cheptel porcin, des conséquences sont à prévoir sur la demande chinoise pour les oléagineux destinés à l’alimentation animale, de même que pour les autres grains, comme le maïs. La Chine compte pour 50% de toute la production mondiale de porc et importe 60% du soya vendu au niveau international.

Un ratio de croissance de l’ordre de 3 à 4% de la valeur des terres serait considéré normal, selon M.Gervais, puisqu’il correspondont à la capacité des terres de produire toujours davantage. Le ratio se situe actuellement à des niveaux historiquement haut et supérieurs aux revenus, mais un rythme plus raisonnable devrait s’installer dans les prochaines années, estime l’économiste.

Interrogé sur le revenu des producteurs et les risques de faillites, l’économiste en chef ne voit pas de tendances semblables ici à ce qui se passe aux États-Unis où les faillites ont cru fortement dans la dernière année. Les producteurs au pays ont connu des pertes de revenus net de l’ordre de 1 à 2% tandis qu’il s’agit plutôt de pertes de 30% dans les quatre dernières années pour les producteurs américains. Bien évaluer les facteurs de risques restent cependant primordial dans cette période d’incertitude, fait remarquer l’économiste.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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