Prix du porc : amélioration à la fin 2017

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. PHOTO: MARIE-JOSÉE PARENT

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef à Financement agricole Canada.
PHOTO: MARIE-JOSÉE PARENT

Invité à présenter la situation économique actuelle et les perspectives de profitabilité dans le secteur porcine pour 2017 lors du Porc Show, l’économiste agricole en chef à Financement agricole Canada, Jean-Philippe Gervais, a fait preuve de modestie. « J’avais sous-estimé l’ampleur de la difficulté de la deuxième partie de 2016 », a-t-il dit aux quelque 1000 participants à l’événement tenu à Québec, le mardi 6 décembre.

Aujourd’hui, il prédit qu’il faudra attendre la fin de 2017 avant de voir la situation s’améliorer. Ses prédictions sont basées sur les deux aspects qui ont un fort impact sur le prix : les variables macroéconomiques et le secteur porcin lui-même.

Variables macroéconomiques

Les élections américaines et le ralentissement économiques en Chine créent de l’instabilité sur les marchés. Le prix du pétrole est stable.

L’endettement des ménages est à niveau record. « On peut difficilement en demander plus aux ménages », dit l’économiste. Les taux directeur de la Banque du Canada devrait rester bas.

Le dollar canadien a perdu de la valeur de façon constante depuis 2012, avec un léger rebond en début 2016. Toutefois, avec un prix du pétrole stable autour de 50$ le baril, on doit s’attendre à un dollar plutôt stable légèrement sous les 75¢ pour 2017.

La conséquence de l’élection américaine est que le Partenariat transpacifique tel que négocié ne verra probablement pas le jour. Le Canada devra probablement se tourner vers les autres pays pour conclure des ententes. L’impact ne devrait pas être vraiment négatif.

La politique sur l’étiquetage du pays d’origine est plus importante, mais il y a peu de chance que le débat sera réouvert. « Honnêtement, il n’y a personne qui en veut de cette discussion-là », dit Jean-Philippe Gervais.

La relation commerciale entre les États-Unis et la Chine pourrait s’envenimer si les États-Unis décident de dévaluer leur monnaie. Il s’agirait d’une occasion pour le Canada de se faufiller pour entrer sur le marché.

L’éthanol est le troisième aspect d’importance, selon l’économiste. La raison, c’est que 40% du maïs américain est destiné à la fabrication d’éthanol. Une augmentation de la production d’éthanol ferait grimper le prix du maïs, ce qui est peu probable. Une diminution de la fabrication d’éthanol est aussi peu probable compte tenu de l’électorat qui a permis l’élection de la future administration. « Pour moi, c’est le statut quo, ce qui reste somme toute positif », dit-il.

L’entente avec l’Europe sera vraisemblablement concrétisée en 2017, ce qui représentera 70 000 tonnes de porcs aditionnel sur le marché européen. Ce qui n’est pas très important sur le volume des exportations canadiennes, soit environ 5% au bout de 5 ans. En 2017, ce n’est pas important, mais cette entente permet de mettre un pied sur les marchés européens.

Donc, au point de vue macroéconomique, ce n’est pas très négatif. C’est même plutôt positif. La problèmatique principale est surtout au niveau de la filière porcine.

Variables liées au secteur porcin

Il y a un enjeu au niveau offre. Les marchés d’exportations sont très importants. Au Canada, 70% du porc est exporté.

L’offre l’offre de viandes augmente pour toutes les protéines animales, et ce, plus vite que l’accroissement de la population, 2% contre 1%. La population mange un peu moins de protéines. Il faut donc trouver un déboucher pour la viande supplémentaire.

« On n’a pas le choix, on aura besoin des marchés extérieurs pour absorber cette augmentation de la production, et ce, à court terme pour les 12 prochains mois et je dirais même pour les 10 prochaines années », estime Jean-Philippe Gervais.

Il y a donc un pression sur le consommateur, en terme de revenu, d’endettement, de changement d’habitude alimentaires. Sur ce, le Canada fait figure d’innovateur, mais le prix fait foi de toute chose. Il y a des limites à ce que le consommateur peut payer. Le prix a diminué un peu en 2016. Malgré l’augmentation des prix en 2014 et 2015, le consommateur a continué à manger de la viande rouge. Donc, la diminution des prix n’entraînera pas nécessairement une plus grande consommation.

« Il faudra continuer de miser sur les marchés d’exportation pour 2017 », dit Jean-Philippe Gervais. Sur ce, il y a eu une augmentation des exportations de 8% en 2016. La faible valeur du dollar canadien a aidé. Et le prix est resté aussi bon.

Quel sera le rôle de la Chine en 2017? Certaines données indiquent que le cheptel porcin chinois sera reconstitué. « La question est : à quelle vitesse? » Les volumes supplémentaires de porc étranger – canadien ou américain – n’envoient pas un signal clair de faire les investissements nécessaires pour faire ces investissements et de reconstituer le cheptel. Il peut donc y avoir une légère diminution de l’importation de porc canadien, mais la Chine reste quand même l’une des clés en terme de profitabilité.

En terme de profitabilité, le prix du porc accuse une baisse de 30$ du 100 kilo par rapport à la moyenne sur cinq ans. Pour résorber ce déficit, il faudra regarder du côté de la capacité d’abattage aux États-Unis. Or, l’augmentation de capacité d’abattage est significative. L’automne 2017 devrait être « un jeu d’enfant comparativement à ce que nous vivons actuellement ». La question est jusqu’à quel point nous vivrons encore des pressions sur les prix d’ici là.

Au niveau de l’entreprise

profitabilitePour la profitabilité des entreprises, il faut regarder le coût d’alimentation animale. La production augmente partout dans le monde. Il y a donc une diminution du côté prix, mais un peu plus basse au Canada qu’aux États-Unis en raison du dollar canadien faible.

Si l’on regarde les prévisions, les entreprises auraient atteint le creu en terme de ratio porc/maïs. La profitabilité serait donc au rendez-vous en 2017, mais pas de façon aussi importante qu’en 2014-2015. En engraissement, les marges seront très minces. Mais le rebond reste fragile.

Le dollar canadien reste primordial. S’il monte de 10% par rapport au dollar américain, on parle d’une diminution des marges de 2,5% ou un peu plus. Heureusement, il n’y a rien de prévu de ce côté.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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