Réhabiliter une terre en cinq ans

Imaginez le pire champ qui soit : compacté, pas drainé, les fossés bloqués, parsemé de « lacs à canards », quenouilles, prêle et phragmite à profusion. Accepteriez-vous de le louer?

Le producteur Jocelyn Michon

À La Présentation, les propriétaires du champ en question se rendaient bien compte que les terres de leur voisin Jocelyn Michon étaient en bien meilleur état. Cela n’est pas étonnant quand on sait qu’elles sont cultivées par une sommité québécoise en matière de semis direct.

Jocelyn Michon a accepté de louer, mais à ses conditions. La réhabilitation de ce champ se fera aux frais des propriétaires. Pas de loyer la première année et les frais de réhabilitation déduits du loyer des neuf années suivantes. Son objectif : remettre cette terre sur le chemin de la rentabilité et de la productivité en cinq ans, au moyen du semis direct et des cultures de couverture.

Le champ était on ne peut plus « magané » : aucune infiltration d’eau, problèmes d’écoulement et de mauvaises herbes, de la boue et de l’eau partout. Les rouillères étaient si prononcées qu’on aurait dit un champ cultivé en billons, a confié le producteur lors d’une présentation à la Journée Grandes cultures du 6 décembre dernier, à Saint-Rémi.

La « remise en forme » du champ a débuté l’été dernier. Congé de récolte la première année. Un coup de glyphosate, nettoyage des fossés au laser et… un labour. « Je ne me souvenais pas que ce pouvait être aussi amusant de labourer! », a dit Jocelyn Michon en riant, lui qui a abandonné la charrue il y a 26 ans.

Le labour a servi à enfouir les résidus de maïs et à préparer le terrain pour un nivellement au laser. Le champ a ensuite été drainé, puis on y a appliqué une bonne dose de lisier.

Un test a révélé une infiltration de l’eau pratiquement nulle. Jocelyn Michon a donc embauché son voisin, qui a utilisé chacune des 350 forces de son tracteur Fendt pour tirer cinq dents en diagonale dans le champ. Pour conclure, un passage de vibroculteur et un semis de radis et d’avoine.

Les opérations de cette première année ont coûté 3300 $ par hectare, somme qui sera déduite du loyer des années prochaines. « Je ne sais pas si je paie le même loyer que le locataire d’avant, mais pour les propriétaires, au terme de notre bail de 10 ans, cela leur fera une terre qui vaudra le double de ce qu’elle valait l’an passé », a confié Jocelyn Michon.

Voici le plan pour les quatre prochaines années :

2012 : un coup de vibroculteur, peut-être deux, puis l’implantation d’un soya hâtif semé tardivement dans de bonnes conditions de sol. À l’automne, un blé en semis direct.
2013 : après la récolte de blé, un mélange de plusieurs couverts végétaux
2014 : des haricots de conserverie ou des pois
2015 : du maïs qui donnera un excellent rendement!

« Les cultures de couverture ont un important rôle à jouer dans la réhabilitation d’un sol abîmé », a affirmé Jocelyn Michon. Parmi leurs nombreux avantages : augmentation de la matière organique, réduction de la compaction, captage des éléments fertilisants, production d’azote, contrôle des mauvaises herbes et protection contre l’érosion.

Pour le reste, il y aura les vers de terre, en qui Jocelyn Michon a une foi inébranlable. « Sur mes 240 hectares, il y a entre 1 et 1,5 milliard de vers de terre, dit-il. Leur présence indique que le sol est bien structuré, qu’il y une pénétration d’eau rapide et peu de problèmes de compaction. »

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