Semis : l’heure des décisions

Changer la maturité de nos hybrides? Certainement. Semer du soya au lieu du maïs? Peut-être. Abandonner l’idée de semer des céréales? Fort probablement.

Au Québec, les semis sont retardés comme jamais et le seuil psychologique du 25 mai est atteint. C’est l’heure des remises en question et des décisions.

« Nous sommes dans une zone de 2900 UTM. Autour du 12 ou 13 mai, il aurait fallu changer pour du maïs de 2800 UMT. Ces jours-ci, il faudrait commencer à changer pour du maïs encore plus hâtif », illustre l’agronome Patrick Leduc, producteur à Saint-Étienne-de-Beauharnois et représentant Pioneer dans ce secteur.

À mesure que le mois de mai avance, de plus en plus de semence de maïs se déplace d’une région à l’autre, parfois sans même savoir si elle finira par servir. « Tout le monde dans l’est du Canada a le même problème, dit Patrick Leduc. Ça prend beaucoup de semence (d’hybrides plus hâtifs). »

À Saint-Marc-sur-le-Richelieu, le producteur Henri Loiselle n’a pas encore envisagé semer du soya là où il prévoyait semer du maïs. « Je respecte mes rotations, dit-il. Si tout le monde se met à produire du soya, le prix pourrait se mettre à baisser. »

Les risques de maladies sont accrus quand on sème du soya sur un retour de soya, rappelle Patrick Leduc.

Plusieurs études ont démontré qu’après le 1er juin, il est plus avantageux économiquement de cultiver du soya si l’on a pas encore semé son maïs. Ces études étaient pour la plupart basées sur des scénarios de 180 à 220 $ la tonne, nuance Patrick Leduc. « Aujourd’hui, le maïs frôle les 300 $ la tonne et tous les indices sont réunis pour que le prix reste élevé. »

Vendredi dernier, Henri Loiselle avait semé 35 % de son maïs et n’avait pas touché à son soya. Il ne s’inquiétait pas outre mesure de ces retards. « Chez mon voisin d’à côté comme chez nos voisins du Sud (aux États-Unis), la situation est là même. S’il y a moins de maïs produit, les prix risquent d’être meilleurs. »

Henri Loiselle cherche d’abord à produire de la qualité. On peut vivre avec un rendement inférieur et une céréale de bonne qualité trouvera toujours preneur, croit-il.

Cultiver en semis direct s’avère un avantage en ce printemps pluvieux, avance Henri Loiselle. « Quand les champs (en travail de sol conventionnel) sont prêts à être travaillés au vibro, les miens sont prêts à semer, dit-il. Je n’ai pas de terrain à préparer. »

Pour obtenir de la qualité, il faudra choisir des hybrides qui arriveront à maturité physiologique à temps, afin d’obtenir une bonne densité de grain. Plusieurs producteurs sont tentés de « pousser les maturités », rapporte Patrick Leduc. Dans ce cas, vaut mieux se laisser conseiller les hybrides qui s’y prêtent le mieux, suggère-t-il.

La situation est plus critique du côté des petites céréales. Plusieurs n’ont pas encore réussi à semer et hésitent à y renoncer, puisqu’ils ne peuvent se faire rembourser la semence. En reportant pratiquement d’un mois les semis de blé, on s’expose à la fusariose et aux autres maladies, prévient Patrick Leduc.

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