Sirop d’érable : la ministre recule devant l’UPA selon l’Union paysanne

Saint-Malachie (Québec), 23 mars 2004 – Beaucoup d’acériculteurs se sentiront trahis en apprenant que la solution adoptée en coulisse par la Ministre de l’Agriculture ne change strictement rien à leur situation critique, notamment pour plusieurs milliers d’entre eux qui sont poursuivis par la Fédération de l’UPA pour des centaines de milliers de dollars ou qui ont été payés à moitié pour leur sirop des deux dernières années.

Un comité fantoche
En effet, au lieu de prendre les décisions qui s’imposaient de toute urgence au début de la récolte, en suspendant l’application de l’Agence de vente et des quotas comme le réclamait la grande majorité des acériculteurs, la Ministre de l’Agriculture refile la crise à un vague comité consultatif dirigé par Normand Bolduc, président de la Table filière acéricole, sans pouvoir d’enquête ni de décision, qui va recommencer des consultations mille fois faites et faire rapport à la Ministre d’ici le 15 juin. Lors de la rencontre que les dirigeants de l’Union acéricole paysanne ont eu avec M. Bolduc, il est apparu clairement que les négociations ne porteraient que sur des accommodements mais qu’il n’était pas question de remettre en cause l’Agence de vente et les quotas, ni même les poursuites comme telles. Quant à la table filière, sa composition ne permet aucunement de représenter le point de vue des producteurs en ce moment.

La Ministre avait tout en mains pour régler le problème
La Ministre, qui enquêtait depuis plus de trois mois, avait tous les faits en mains. Elle pouvait utiliser l’article 20 de la loi sur la Régie des marchés qui l’autorise à abroger des décisions de la Régie si elles n’assurent pas une mise en marché ordonnée du produit, ou les articles 10 et 11 de la Loi sur les produits alimentaires qui l’autorisent à suspendre le permis de mise en marché d’une entreprise qui n’est plus en mesure d’assurer la qualité et la salubrité du produit et du même coup l’avenir de l’industrie et des investissements publics dans le secteur.

Le poids de la Financière agricole
À ce sujet, comment comprendre que la Ministre de l’Agriculture et le Ministre des Finances viennent de permettre à la Financière agricole (toujours contrôlée par l’UPA) de prêter cette an-née encore 100 millions à la Fédération de l’UPA pour payer des avances aux acériculteurs, alors que des centaines d’entre eux ne pourront même pas livrer leur sirop à la Fédération parce qu’ils n’ont pas de quota, ou ne sont pas inscrits à l’Agence ou sont poursuivis par la Fédération.

Les pressions de l’UPA et du Premier ministre
De toute évidence, le Gouvernement n’a pas eu la force de tenir tête à l’UPA, qui, avec l’appui de la Régie des marchés et de la Financière, refuse d’abandonner le contrôle de la mise en marché du sirop, malgré son échec évident à vendre le sirop, à payer les producteurs et à garantir la qualité du produit. Du même coup, c’est un refus de mettre un terme aux abus que génère le monopole de l’UPA dans les différents secteurs de production agricole.

L’impasse totale
Le refus d’agir du Gouvernement ne peut que précipiter l’industrie vers le chaos, compromettre l’avenir des producteurs et du produit et ouvrir toute grande la porte à nos compétiteurs américains. L’Union acéricole paysanne a prévenu le Gouvernement des risques incontrôlables que comportent la colère et le désespoir de beaucoup d’acériculteurs privés de leur liberté et de leur gagne-pain.

Pour éviter le pire
L’Union paysanne n’est pas opposée à des discussions pour mettre au point un meilleur système de mise en marché pour l’avenir, mais elle exige que la Ministre suspende entre temps l’obligation des producteurs de livrer leur sirop par l’Agence et les poursuites intentées contre ceux que la Fédération accuse d’avoir passer outre. Elle exige aussi une véritable enquête sur la qualité et la salubrité du sirop entreposé à St-Antoine-de-Tilly. Faute de quoi, les producteurs n’auront pas d’autre choix que de vendre leur sirop hors du système imposé pour survivre financièrement et éviter que leur sirop ne soit mélangé à des inventaires non-sécuritaires.

Pour leur part, l’Union acéricole paysanne et l’Union paysanne continueront à inviter tous les agriculteurs à s’opposer, dans tous les secteurs de production, à de tels systèmes totalitaires et a exiger la liberté de choisir leur syndicat et leur mise en marché.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

La Financière agricole du Québec
http://www.financiereagricole.qc.ca

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)
http://www.agr.gouv.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

Union Paysanne
http://www.unionpaysanne.com/

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