Souche mortelle de grippe aviaire pour la 1ère fois chez des porcs

Pékin (Chine), 20 août 2004 – La souche mortelle du virus de la grippe aviaire a pour la première fois au monde été détectée chez des porcs, en Chine, un évènement redouté par les experts internationaux car susceptible de faciliter la transmission à l’homme.

« Nous avons commencé à trouver le virus chez des porcs en 2003 et 2004 dans différentes régions du pays », a révélé vendredi la directrice du Laboratoire national de recherche sur la grippe aviaire, Chen Hualan.

« C’est un signal dangereux en terme de santé publique », a ajouté Mme Chen, lors d’un exposé à une conférence internationale sur la prévention de la grippe aviaire et du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) organisée à Pékin.

« Ce n’est pas simplement la première fois en Chine mais la première fois au monde » que la souche H5N1 est découverte chez des porcs, a souligné Mme Chen.

Des chercheurs ont isolé le virus H5N1 dans des prélèvements effectués en 2003 chez des porcs dans la province du Fujian (sud-est), et dans un « seul endroit » en 2004, a ensuite indiqué à la presse Mme Chen, sans fournir d’autres détails par peur d« effrayer » l’opinion publique.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait averti au début de l’année que le virus H5N1 pourrait tuer des millions de gens s’il se combinait avec le virus de la grippe humaine, et que ce risque serait accru si le porc était porteur du H5N1 car son organisme peut accueillir des virus à la fois animaux et humains.

Un responsable de l’OMS qui participait à la conférence à Pékin a exprimé sa surprise après l’annonce que des porcs avaient été touchés.

« C’est la première fois que j’entends dire que des porcs ont été découverts » porteurs du virus, a déclaré Julie Hall, coordinateur à Pékin pour la surveillance et la lutte contre les maladies contagieuses.

Interrogé par l’AFP, le ministère chinois de l’Agriculture n’a pas souhaité faire de commentaire vendredi sur ce qui pourrait apparaître comme un nouveau manque de transparence des autorités après le scandale du SRAS en 2003.

Mme Hall a exprimé son inquiétude face au risque que le virus puisse muter vers une forme plus mortelle et se transmettre plus facilement à l’homme, relativement épargné jusqu’ici.

Depuis le début de l’année, l’épidémie de grippe aviaire en Asie, et notamment en Chine, a fait 27 morts, 19 au Vietnam et huit en Thaïlande.

« Les porcs sont capables d’attraper à la fois la grippe aviaire et la grippe humaine (…) Notre inquiétude est que si ces deux virus se mélangent, ils échangent des éléments génétiques et le résultat serait quelque chose de plus dangereux », a-t-elle dit.

L’épidémie asiatique fait redouter la rencontre, chez un humain, des virus de la grippe aviaire et de la grippe humaine classique, d’où pourrait émerger, après réassortiment génétique ou échange de matériel génétique, un nouveau virus susceptible de déclencher une épidémie planétaire à l’instar de la grippe espagnole qui fit plus de vingt millions de morts au XXe siècle.

Les porcs sont considérés comme un intermédiaire idéal, un creuset de ces mariages à risque entre virus humains et animaux.

Sans être vraiment surpris, certains spécialistes prennent la révélation chinoise au sérieux.

« L’Asie fait face à une prochaine pandémie », affirme Robert Webster, un expert américain en grippe aviaire.

« Car il va y avoir pandémie, c’est inévitable. La question est de savoir si nous allons utiliser le temps que nous avons devant nous pour nous y préparer », a-t-il indiqué à l’AFP.

Source : AFP

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