Soya et canola s’affrontent

Dans l’Ouest Canadien comme au Québec, de plus en plus de producteurs jonglent entre le soya et le canola, deux plantes oléagineuses qui sont pourtant issues de climats très différents.

C’est dans les Prairies, plus particulièrement dans le sud du Manitoba, que la guerre des acréages de soya et de canola risque le plus de s’intensifier.

Le canola est déjà le « roi des Prairies ». D’après Statistiques Canada, en 2012, les producteurs ont déclaré en avoir ensemencé sur une superficie record de 21 millions d’acres, une hausse de 12,8 % sur l’année précédente.

Mais voilà qu’au cours de l’été dernier, le canola dans les Prairies a souffert de plusieurs maladies, avant d’être frappé par de forts vents au mois d’août. La verse a causé d’importantes pertes, certains producteurs tentant de mieux s’en sortir en récoltant le canola sur pied plutôt qu’en andain.

Dans un article de Grainews, des producteurs rapportent avoir obtenu la moitié ou les deux-tiers d’une récolte habituelle de canola. Le blé, pour sa part, a donné d’excellents rendements.

Face à cette désolante récolte de canola, de nombreux producteurs de l’Ouest envisagent semer pour la première fois du soya en 2013, notamment au Manitoba.

Le soya est déjà en forte progression dans cette province, les superficies ayant augmenté de 42 % entre 2011 et 2012, pour atteindre 875 000 acres.

Le réchauffement climatique peut expliquer une partie de l’expansion de la zone de culture du canola vers le nord. Par contre, ce seraient surtout l’amélioration génétique et le développement de variétés plus hâtives qui accéléreraient cette migration.

Plusieurs producteurs de l’Ouest constatent que le soya semble se maintenir à un prix très élevé, que son potentiel de rendement est élevé et que les rendements seraient plus stables que ceux du canola. Dans un autre article de Grainews, on recommande aux producteurs de débuter par de petites parcelles, puisqu’ils se trouvent à limite des zones où le soya le plus hâtif peut pousser.

Au Québec

Plus près de chez nous, le canola et le soya ne rivalisent pas avec autant d’ardeur pour les mêmes champs. Le développement génétique du soya, tel que mis de l’avant par le CÉROM et certains semenciers, vise néanmoins l’expansion de cette culture vers le nord.

Le canola pourra gagner encore beaucoup de terrain avant de se buter sérieusement au soya. D’après Étienne Tardif, agronome chez TRT-ETGO, il y a un potentiel de tripler, voire quadrupler les superficies en canola au Québec, surtout dans les régions les plus froides, comme le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, l’Abitibi-Témiscamingue et le Lac-Saint-Jean.

Le canola a fait une percée dans le Centre-du-Québec, là où il se cultive du soya. On le trouve aussi dans Chaudière-Appalaches et en Mauricie. Bien qu’il s’agisse d’une plante de climat frais, il serait tout à fait possible de la cultiver dans le sud et l’ouest du Québec.

« Dans les zones les plus chaudes, le canola se récolte à la fin juillet ou au début août. Cette année, ce fut à la mi-juillet. Ça permet de faire des travaux d’amélioration d’un champ et d’épandre du fumier », affirme Étienne Tardif.

Plusieurs diront qu’en climat trop chaud, les fleurs du canola ont tendance à avorter. Cela n’est pas complètement faux, mais le problème se serait atténué avec l’amélioration génétique et on peut le prévenir avec une application de bore.

 

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