UE: coup d’envoi du grand marchandage de l’élargissement

Caceres (Espagne), 10 février 2002 – L’Union européenne a donné ce week-end le coup d’envoi d’un an de négociations pour l’adhésion de 10 pays, un processus qui promet de provoquer plus de crises entre les Quinze qu’avec les pays candidats.

Les ministres des Affaires étrangères des Quinze ont entamé à Caceres (Espagne) les tractations sur l’offre qu’ils présenteront aux candidats en matière de subventions agricoles, d’aides régionales et de contributions financières.

Ce n’est qu’après s’être mis d’accord entre eux qu’ils entreprendront les négociations avec les futurs membres de l’UE, le résultat étant attendu à la fin de cette année afin de permettre l’adhésion de 10 pays à la date programmée de 2004.

Les discussions qui se sont déroulées dans la ville espagnole de Caceres ont donné un avant-goût des affrontements qui se produiront entre les gouvernements des Quinze.

« Il y a d’innombrables problèmes de fond », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine.

Certes, les propositions présentées par la Commission européenne le 30 janvier dernier ont été bien accueillies par une majorité d’Etats membres, de l’Espagne à la Belgique.

L’élargissement coûterait selon elle quelque 40 milliards d’euros de 2004 à 2006, 25 milliards étant destinés aux fonds structurels de développement régional et 10 milliards devant aller aux nombreux agriculteurs des nouveaux pays.

Ces derniers recevraient, en 2004, 25% des aides directes aux revenus perçues par leurs homologues des actuels Etats membres, ce pourcentage montant lentement en puissance jusqu’en 2013, année qui marquera leur pleine intégration dans l’Europe verte.

L’Allemagne, « vache à lait de l’UE »

Mais plusieurs pays riches de l’Union, qui sont également des contributeurs « nets » au budget européen, ont estimé que la facture de l’élargissement présentée par la Commission était trop coûteuse en période de stricte discipline budgétaire.

Gerhard Schröder, qui affrontera lors des élections de septembre le ministre-président de Bavière, Edmund Stoïber, très combatif sur ce dossier, a déjà averti que l’Allemagne ne serait pas éternellement la « vache à lait » de l’Union européenne.

Berlin a obtenu à Caceres le soutien de Londres, La Haye et Stockholm pour une offre moins dispendieuse, le surplus étant estimé à quelque huit milliards sur les 40 milliards prévus.

Ces pays plaident pour le respect des montants et des mécanismes adoptés lors du sommet de Berlin en 1999, qui n’avait pas prévu d’aides directes aux revenus pour les nouveaux venus.

L’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, qui veulent mettre fin aux aides directes après 2006, refusent en outre de préjuger de l’avenir en annonçant que les nouveaux pays obtiendront ce type de subventions jusqu’en 2013.

Enfin, ils estiment que les propositions en matière d’aide régionale ne correspondent pas aux capacités d’absorption des pays candidats, qui sont encore très faibles.

Après une période de flottement, la France a apporté ce week-end un appui circonstancié aux propositions de la Commission, en tout cas pour ce qui est du volet agricole.

« Sur les aides directes (aux agriculteurs), nous sommes ouverts », a souligné dit Hubert Védrine.

Mais il a jugé l’offre en termes d’aides régionales trop généreuse de quelque six milliards d’euros de 2004 à 2006.

Les pays riches dans l’impasse

Dans le même temps, Paris souhaite, comme la plupart des pays, que les Quinze finissent les négociations internes sur leur offre en juin prochain afin de tenir le calendrier, alors que l’Allemagne souhaite attendre l’issue des élections qui se dérouleront en septembre prochain sur son territoire.

Paris poursuit selon des diplomates une double stratégie.

En acceptant l’octroi d’aides directes aux agriculteurs polonais, la France prend une option sur la pérennisation de ces mécanismes au-delà du cadre financier actuel, qui se termine fin 2006, et prépare des alliances avec les futurs membres dans la négociation sur l’avenir de la Politique agricole commune (Pac).

En prônant la conclusion rapide des négociations entre les Quinze sur l’offre à présenter aux candidats, elle coupe aussi l’herbe sous les pieds des pays qui, comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, veulent supprimer les aides directes dans une négociation parallèle à l’élargissement.

La France se retrouve ainsi dans une position confortable pour un pays souvent accusé de vouloir retarder l’élargissement.

Elle aura en effet beau jeu de souligner que ce sont les Etats membres qui veulent réformer la Pac qui porteront la responsabilité de retarder les premières adhésions.

« Nous sommes coincés entre notre volonté d’un élargissement rapide et nos revendications financières », reconnaît un diplomate venant d’un grand pays riche de l’UE.

Paradoxalement, ces critiques servent la Commission, qui aura beau jeu d’expliquer aux candidats l’impossibilité d’aller plus loin que ses propositions, compte tenu des réactions des « contributeurs nets » au budget de l’Union européenne.

« Plus les dossiers sont délicats et plus les négociations entre les Quinze seront longues et difficiles et plus les pourparlers avec les candidats seront brefs », estime un diplomate affichant un large sourire.

Source : Reuters

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