Ligne de temps

Volatilité et exportations canadiennes: pas de souci pour l’instant dit FAC

L'instabilité causé par les tensions commerciales et les surplus mondiaux ont fait valser les prix en 2018

Les producteurs le savent, les prix sur les marchés ont joué au yoyo et par le fait même avec nos nerfs depuis plusieurs mois. Qu’on soit producteurs de céréales, de porc ou de boeuf, les prix ont fluctué pour de nombreuses raisons, les principales étant les tensions commerciales à l’échelle de la planète et les surplus dans certains secteurs. L’incertitude a même mené le Fonds monétaire internationale à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2019. Dans ce contexte, les exportations canadiennes sont-elles défavorisées? Pour en avoir le cœur net, Financement agricole Canada (FAC) a revisité d’autres périodes de volatilité sur les marchés internationaux durant les dernières 25 années pour voir comment le Canada s’en était tiré.

Articles connexes

Aux fins de l’étude, cinq produits agricoles de base ont été regroupés dans trois catégories d’exportations : les oléagineux, les céréales et les viandes.

Un premier constat : malgré des conséquences inévitables, la situation tend à retourner à la normale après quelques mois, explique Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef à FAC. « L’expérience passée a démontré qu’au fur et à mesure que la volatilité diminue, les prix canadiens des produits de base se rétablissent à des niveaux plus proches de leurs moyennes, et la croissance des exportations canadiennes reprend de plus belle ». Les importateurs de blé et de canola ont cependant moins eu tendance à modifier leurs habitudes d’achats que les importateurs de soya, de porc et de bœuf.

En second lieu, ces mouvements dans les échanges ont eu tendances à offrir des opportunités vers de nouveaux marchés. Par exemple, des périodes de forte volatilité ont mené des marchés peu explorés à s’intéresser aux produits canadiens. L’Espagne s’est entre autres intéressé au soya tandis que la Chine a eu tendance à s’approvisionner davantage en produits canadiens. Les exportations de soya vers la Chine ont bondi de 380% en juin dernier, rapporte FAC, ce qui coïncide avec le début du conflit commercial avec les États-Unis qui a mené à imposer des taxes de 25% sur le soya américain.

À ce chapitre, l’économiste voit d’un bon œil l’ouverture de nouveaux marchés par le biais des ententes commerciales avec l’Europe, et bientôt avec les pays de l’Asie par le biais de l’Accord Transpacifique. Ces ententes viennent minimiser les risques en diversifiant des marchés qui étaient plus difficiles d’accès en raison de barrières tarifaires qui ont été levées. « Cela permet aussi de réduire notre dépendance par rapport au marché américain. Un autre avantage est que les États-Unis ne sont pas un compétiteur puisqu’ils n’ont pas adhéré à cette entente », explique M.Gervais. Le Canada pourra donc développer des relations à long terme, relativement à l’abri du géant américain.

En tant que deuxième économie mondiale, la Chine a joué un grand rôle à jouer dans les échanges commerciaux. La dispute commerciale avec les États-Unis a cependant mis le pays sur la sellette. Ce grand consommateur de porcs et de soya a dû se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement au moment où son économie semble connaître un ralentissement et souffrir des tarifs mis en place par le régime communiste. Pour M.Gervais, la situation n’est pas dramatique pour l’instant puisque le revenu moyen disponible au niveau du salaire continue d’augmenter en Chine, ce qui assure une demande et une force d’achat de la part des Chinois.

Autre avantage pour les exportations canadiennes, le dollar canadien ne devrait pas dépasser les 80 cents US en 2019, même après une ultime hausse des taux d’intérêt par la Banque centrale en janvier.

Nul ne peut cependant garantir que la volatilité se résorbera dans les prochains mois. Des impacts sont à prévoir si la situation perdure. Par exemple, les producteurs américains pourraient être tentés de modifier leurs intentions d’ensemencement en 2019 pour planter moins de soya.

La demande pour les produits canadiens demeure cependant forte, ce qui est un élément positif, surtout pour le porc du Québec. M.Gervais reconnait qu’il n’est pas idéal de vendre plus mais à un prix inférieur. Les producteurs peuvent cependant amenuiser les risques de la volatilité par une meilleure gestion des risques financiers, en travaillant par exemple sur leur mise en marché. Diverses moyens sont à leur disponibilité, tels que les contrats à terme, la mise sur pied d’un plan de gestion de risque ou encore en obtenant les services conseils d’un expert dans le domaine.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires