Un regard objectif sur la Chine

L’économiste Zhan Su propose des clés pour comprendre la Chine et en particulier les priorités agroalimentaires de ses dirigeants.

C’est un portrait fascinant de la Chine que le réputé économiste Zhan Su a brossé lors du déjeuner-causerie organisé par l’Association des communicateurs et rédacteurs de l’agroalimentaire. Cet événement s’est tenu le 4 décembre dernier à Québec. M. Su est professeur en stratégie et management international et titulaire de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales à l’Université Laval.

Pour comprendre la Chine et plus particulièrement les orientations de son gouvernement dans le domaine agroalimentaire, le conférencier a proposé quelques clés.

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C’est un peuple gourmand. Il aime bien manger. Et ses goûts sont très variés. On répertorie huit cuisines régionales. Des cuisines qui peuvent être très différentes les unes des autres. Ainsi, si certaines font une large place au riz, d’autres sont plutôt tournées vers le blé.

Le passé est pesant. La Chine a connu son lot de famines causées par des désastres naturels comme des sécheresses ou par d’autres facteurs. Des pénuries alimentaires ont même eu pour origine des politiques gouvermentales. M. Su, qui a quitté la Chine dans les années 80 alors qu’il était âgé dans la vingtaine, se rappelle avoir vécu une période où un système de coupons de rationnement était en place.

Le niveau de vie des Chinois a augmenté considérablement. En 1990, le P.I.B. de la Chine équivalait à 6 % de celui des États-Unis. En 2016, ce ratio atteignait 60 %. Un des effets bien connus de ce progrès est la hausse de la consommation de viande.

Les Chinois se méfient des aliments chinois. Ils n’ont pas oublié les affaires de contamination ou d’intoxication qui ont marqué leur histoire récente. On pense, par exemple ici, au scandale de l’adultération du lait avec de la mélamine.

Les Chinois se montrent de plus en plus soucieux de leur santé alors que l’obésité fait des ravages. On estime que 300 millions de Chinois sont obèses.

Importations agricoles et agroalimentaires en chine

Un secteur agroalimentaire tout en contrastes

La Chine compte 18,3 % de la population mondiale, mais dispose d’à peine 8,5 % des terres arables de la planète. La ferme moyenne occupe seulement 0,6 hectares. Comparativement aux autres pays, cette ferme a une productivité de niveau moyen, mais des coûts de production élevés.

De grandes unités de production et de transformation se développent sous l’effet des politiques agroalimentaires gouvernementales. Ainsi, on a vu apparaître au cours des dernières années des exploitations laitières et porcines comptant plusieurs milliers de têtes.

Les agriculteurs chinois utilisent trois fois plus de pesticides à l’hectare que leurs homologues français. M. Su note que les petits producteurs tendent à méconnaître ces produits.

Des perspectives de marché aléatoires

Au plan de la consommation globale, l’économiste souligne que la Chine vient de dépasser les États-Unis et constitue maintenant le plus grand marché de consommation du monde. Parlant des États-Unis, M. Su qualifie de majeur le conflit commercial qui l’oppose à la Chine et il estime que nous n’en sommes qu’à ses débuts. Il prévient que ce conflit ne sera pas nécessairement à l’avantage du Canada.

L’épidémie de peste africaine a sérieusement réduit le cheptel porcin chinois. Selon le département américain de l’Agriculture, en 2020, son niveau sera inférieur de 36 % à ce qu’il était en 2018. Au sujet de la peste africaine, le conférencier y va d’une prédiction qui pourrait en surprendre : il croit qu’il suffira de deux ou trois ans pour que la situation se rétablisse.

Finalement, voici le conseil de M. Su aux exportateurs canadiens faisant affaire avec la Chine : diversifiez vos marchés pour ne pas être dépendant du marché chinois. Et si possible, rendez-vous indispensables en offrant des produits que nul autre ne peut proposer.

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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