Une demi-douzaine de nouvelles variétés de fraises créées au cours de la dernière décennie

Octobre 2003 – Les progrès étonnants en génétique moderne allument rapidement l’imagination et constituent un rappel constant que la science, qui a débuté il y a plus d’un siècle dans le jardin d’un moine, a fait un bon bout de chemin.

Il est également étonnant de constater que les techniques de reproduction mises au point par M. Gregor Mendel, un moine européen généralement reconnu comme le père de la génétique, sont aussi pertinentes aujourd’hui qu’elles l’étaient au XVIIIe siècle. Tandis que certains généticiens en vedette clonent des moutons et établissent la carte du génome humain, un groupe important de généticiens continuent de croiser, sans faire de vagues, de nouvelles variétés de plantes de génération en génération, pratiquement de la même manière que M. Mendel l’a décrite.

La technique est éprouvée, efficace et recherchée. Il s’agit d’une combinaison qui aide les scientifiques comme le Dr Andrew Jamieson, un phytogénéticien de petits fruits du centre de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada à Kentville, en Nouvelle-Écosse, à poursuivre l’exécution de programmes de grande envergure.

Le programme à Kentville a permis de réussir à produire environ une demi-douzaine de nouvelles variétés de fraises au cours de la dernière décennie. Chaque variété, le fruit de nombreuses années d’améliorations génétiques, est conçue pour satisfaire aux besoins particuliers des agriculteurs canadiens.

M. Jamieson effectue présentement des croisements d’une plante dérivée d’un mutant génétique trouvé par hasard il y a près de 200 ans dans une forêt anglaise. La plante est un mûrier sans épines. M. Jamieson la décrit comme une anomalie; une circonstance rare mais naturelle que les phytogénéticiens accueillent avec faveur.

« Pour le moment, il n’y a pratiquement pas de production commerciale de mûres dans la région du Canada atlantique, a-t-il affirmé. Mais le potentiel est là. »

Les mûres sont récoltées après les fraises et pourraient aider les agriculteurs à obtenir de l’argent supplémentaire plus tard dans la saison. Le problème est qu’il n’y a aucune variété adaptée au climat de la région du Canada atlantique. Il existe des lignées indigènes qui survivent aux durs hivers, mais ces buissons donnent de petits fruits et sont épineux, une combinaison qui rend la récolte difficile.

Ce genre de scénario fait dresser les oreilles du phytogénéticien moyen, et M. Jamieson ne fait pas exception. Il savait que des améliorations génétiques avaient été apportées à des lignées provenant du buisson original anglais sans épines par le United States Department of Agriculture, dans les années 1950, et a cru que ça pourrait être un bon point de départ.

Après en avoir obtenu plusieurs, il a entrepris de rechercher des plants de mûres locaux ayant la tolérance climatique désirée. Il s’est mis à chercher dans la nature et a mis une annonce dans un journal local pour demander aux gens de lui apporter des plants de leur jardin.

L’étape suivante consistait à identifier adéquatement les espèces recueillies et à faire une sélection en vue de la ronde initiale de croisements. Le champ compte maintenant 2 000 plants, lesquels portent tous des épines. L’an prochain, le Dr Jamieson sélectionnera la crème de la crème de sa culture et fera de nouveau des croisements. Trois pour cent de la génération qui suivra ne comportera pas d’épines et, avec de la chance, la nouvelle variété proviendra de ce groupe. Si ce n’est pas le cas, il y aura d’autres sélections, d’autres croisements et d’autres évaluations. On peut compter jusqu’à dix ans et des centaines de différentes combinaisons avant que les phytogénéticiens réussissent à créer une variété fin prête à être homologuée.

C’est un processus avec lequel M. Jamieson est habitué. Entre les fraises, les framboises et les mûres, il gère des centaines de croisements à différents stades de développement chaque année. Le processus commence par une conjugaison de deux différentes espèces de plants, qui se fait manuellement en prélevant les parties mâles d’un plant et en les utilisant pour fertiliser la partie femelle. Ce processus est suivi par un dépistage de virus, un séjour prolongé en serre et des essais en champ. À chaque étape, les croisements les plus faibles sont éliminés.

« C’est une question d’élimination, a-t-il indiqué. On commence par ce qui pourrait fonctionner, puis on rétrécit son champ de recherche. »

Il plaisante et dit que son travail est très convenable et qu’il passe beaucoup de temps à se promener dans les champs à cueillir des petits fruits. Mais pour chaque échantillon prélevé, il y en a de nombreux autres à différentes étapes, ce qui nécessitent une gestion. M. Jamieson juge que jusqu’à 7000 plants individuels font l’objet d’une évaluation chaque saison dans le cadre du programme.

Un autre volet important du processus consiste dans la gestion de questions comme les demandes internationales de brevet et les conventions juridiques. Et, peut-être le point le plus important de tout, le temps requis pour concevoir de nouvelles idées afin d’alimenter le programme et d’assurer sa longévité.

Ces genres de nouvelles idées constituent la clé du Cadre stratégique pour l’agriculture (CSA) fédéral-provincial-territorial. La science et l’innovation représentent l’un des cinq points de mire du CSA, et encouragent le travail scientifique qui offre aux agriculteurs canadiens un avantage concurrentiel. Le CSA vise à faire du secteur agricole canadien le chef de file mondial dans les domaines de la salubrité des aliments, l’environnement, la science et l’innovation.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada
http://Aceis.AGR.CA/

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