Vache folle : le Royaume-Uni tarde à appliquer le dispositif de sécurité

France, 11 décembre 2001 – Le Royaume-Uni est avec plus de 180 000 cas de vaches folles le pays européen le plus durement frappé par la maladie de la vache folle. Il a le triste privilège d’avoir en modifiant le traitement des farines de viande données au bétail, déclenché cette catastrophe sanitaire qu’est l’encéphalopathie spongiforme bovine, dont la forme humaine, le nouveau variant de Creutzfeldt-Jakob, a provoqué plus d’une centaine de morts Outre-Manche. Pourtant, le Royaume-Uni est loin d’avoir mis en oeuvre aux dates demandées les mesures de sécurité réclamées par Bruxelles et adoptées par les ministres européens pour renforcer la sécurité du consommateur.

La direction de la Commission européenne chargée de la Santé et de la protection des consommateurs a dépêché ses inspecteurs vétérinaires au Royaume de sa majesté, la reine Elisabeth, avant l’été et constaté alors que le nouveau dispositif n’était pas appliqué. La conclusion de ce rapport qui n’a fait l’objet d’aucune publicité, mais qu’on peut trouver, au terme d’une recherche laborieuse, sur le site internet de la commission européenne depuis quelques jours, est sans ambiguité : « la majeure partie de la législation n’est ni transposée ni mise en oeuvre. »

Les inspecteurs bruxellois se sont intéressés à l’application de trois grands types de mesures largement appliquées en France et en Allemagne depuis le début de l’année 2001: le dépistage systématique de l’encéphalopathie spongiforme sur les animaux à l’abattoir, donc destinés à être consommés; le retrait des matériaux à risques (cervelle, moelle épinière, thymus, yeux, colonne vertébrale etc ) de la chaîne alimentaire; l’interdiction d’utiliser les farines animales dans l’alimentation de tous les animaux d’élevage.

Après plusieurs jours d’enquête, les fonctionnaires de l’Office alimentaire et vétérinaire estimaient « qu’il n’y (avait) pratiquement aucune surveillance active » de la part des services britanniques et qu’il y avait « donc lieu de penser que l’incidence de l’ESB en Grande-Bretagne est loin de pouvoir être connue avec certitude ». A la décharge des Britanniques, l’épizootie de fièvre aphteuse qui s’est déclarée en février dernier a mobilisé leurs services vétérinaires et même obligé le gouvernement de Tony Blair à faire appel aux forces sanitaires des autres pays européens. Sommé de s’expliquer le ministère de l’Agriculture s’est engagé à tester tous les bovins visés par le programme de dépistage de la maladie de la vache folle à partir du mois de décembre, soit un an après la date requise. Il affirme désormais que « législation nationale sur les matériaux à risque spécifiés est conforme aux règles européennes, sauf en ce qui concerne le retrait des colonnes vertébrales des animaux de plus de trente mois ». Et demande « une dérogation ». Enfin, les autorités britanniques affirment que l’interdiction des farines dans l’alimentation de tous les animaux est effective depuis le mois d’août, soit un retard de six mois.

Une situation d’autant plus troublante que Bruxelles a levé l’embargo (maintenu par la France) sur les exportations de viande bovine britannique depuis juillet 1999.

Source : Les Échos

Commentaires