À quoi ressemblera la valeur de la base ?

Il ne suffit pas d’une importante valeur des grains pour obtenir de bons prix, encore faut-il que la valeur de la base suive la même tendance.
par Jean-Philippe Boucher, agronome, M.B.A.

La hausse du prix des grains à la Bourse au cours de la récolte est une véritable bénédiction du ciel quand on sait que, pas plus tard qu’au début de l’été dernier, la plupart des analystes des marchés envisageaient un avenir beaucoup moins reluisant pour cette année. C’est là l’une des caractéristiques bien particulières du marché des grains, à savoir sa capacité à toujours surprendre là où on s’y attend le moins. Toutefois, la valeur du prix des grains à la Bourse ne représente qu’une part de l’équation mathématique qu’il faut réaliser pour connaître le prix final réel du grain au Québec. Comme on le sait, l’autre part de cette équation est formée de la valeur de la base. Or, à quoi s’attendre de ce côté cette année ?

Selon les dernières données de Statistique Canada, les récoltes de maïs et de soya devraient être très bonnes au Québec. Pour le maïs, on parle de 3,12 millions de tonnes. Pour le soya, on prévoit une production record de 730 000 tonnes. La disponibilité locale de grains devrait donc être importante cette année et, pour s’assurer que la valeur de la base ne s’effrite pas, il faut que les consommateurs locaux puissent l’absorber. Qu’en est-il de ce côté ?

Pour le maïs, malgré un accroissement des exportations prévues, la demande dans son ensemble devrait être moindre cette année : une baisse non négligeable de la consommation de moulée à base de maïs est anticipée. Du côté du soya, grâce entre autres à la nouvelle usine de trituration de soya de TRT-ETGO à Bécancour, la demande devrait être en mesure de dépasser la quantité produite au Québec.

À la lumière de ces informations, on peut s’attendre à ce que la base du maïs éprouve des difficultés à demeurer intéressante alors que, dans le cas du soya, elle pourrait conserver un niveau très acceptable tout au long de l’année.

Cependant, un élément important doit aussi être gardé à l’esprit. Comme le révèle le graphique ci-dessous, il existe une relation désavantageuse entre une hausse de la valeur des contrats à terme et une baisse de celle des bases. C’est d’ailleurs ce qui est survenu au cours des années 2007 et 2008 lorsque le prix des grains a atteint des niveaux inégalés à la Bourse et que les bases sont devenues négatives. Bien que la hausse de la valeur des grains à la Bourse ait jusqu’à présent été très profitable, elle pourrait donc s’avérer beaucoup moins avantageuse pour ce qui est de la valeur des bases au cours de la prochaine année.

Commentaires