Bonne nouvelle pour les fumiers

Les amas au champ sont officiellement permis depuis juillet dernier. Voilà une bonne nouvelle pour les éleveurs de bovins, de volaille, de moutons…

Depuis l’adoption du Règlement sur les exploitations agricoles (REA), en 2002, les éleveurs de diverses productions étaient sur les dents. Le Règlement prévoyait la fin des amas au champ dès 2005. C’est donc avec soulagement que les éleveurs ont appris, l’été dernier, qu’ils avaient la permission d’aménager des amas de fumier solide sur leurs terres et celles de leurs receveurs. Mais un droit ne vient jamais seul. Ceux qui aménagent des amas sur leurs terres doivent respecter certaines règles et surtout, faire appel à un agronome avant de procéder.

« Les producteurs sont heureux que ce soit permis, constate l’agronome Jocelyn Magnan. Dans le contexte économique actuel, la construction de structure d’entreposage étanche serait difficile à rentabiliser en productions bovine et ovine. » Jocelyn Magnan a été mandaté, par la Fédération des producteurs de bovins du Québec et l’Ordre des agronomes du Québec, pour former les producteurs et les agronomes. La formation a commencé l’automne dernier. Une fiche technique disponible sur le site Agri-Réseau, dans la section bovins de boucherie, accompagne le tout. Jocelyn Magnan a une vaste expertise en agroenvironnement. Il a notamment coordonné un projet pilote ayant mené à la mise à jour de la réglementation en regard des amas au champ.

« Pour quiconque doit faire un amas au champ, le mes- sage central est “appelez votre agronome”, insiste Jocelyn Magnan. Le rôle de l’agronome est de minimiser les ris- ques. » Toutes les recommandations de l’agronome vise- ront principalement à protéger l’eau de surface et l’eau souterraine.

Pour cela, l’agronome se concentre sur les risques de percolation, de ruissellement et d’accumulation de matières fertilisantes. Tout est pris en compte, comme le type de sol, l’analyse du fumier, l’analyse de sol, la pente, la présence de points d’eau, de puits et de zones inondables. « Plus l’amas est loin de tout cela, moins les risques sont grands », explique Jocelyn Magnan. Pour faire ses recommandations, l’agronome considère à la fois l’aspect règlementaire et le Guide de conception des amas de fumier au champ, produit par l’IRDA en 2005 et bonifie en 2009. Ce dernier est en quelque sorte un guide des bonnes pratiques. Jumelé à son expertise, l’agronome est en mesure de faire les bonnes recommandations. D’où l’importance de faire appel à ses services avant l’aména gement de l’amas.

Recommandations SVP !

Le Bulletin a contacté une agronome d’un club agroenvironnemental pour lui demander comment se déroule une consultation avec un client. Dans un premier temps, l’agronome Jovette Lemay de Cogenor, dans Lanaudière, collecte les renseignements. Est-ce qu’il y a une analyse de sol du site choisi? Une analyse de fumier? De quelle espèce de fumier s’agit-il ? Quelle quantité le producteur devra-t-il entreposer ? Pendant combien de temps va-t-il laisser l’amas en place? Le REA permet 12 mois, mais ce n’est pas recommandé par le Guide de l’IRDA. « Plus l’entreposage est long, plus le risque s’accroît », explique Jovette Lemay.

L’agronome se déplace ensuite à la ferme pour s’assurer que l’endroit choisi par le producteur est adéquat. Y a-t-il des zones sensibles, comme un puits, une baissière, un cours d’eau, un voisin? Quel est le type de sol sur lequel le fumier sera entreposé ? Chaque fumier entreposé produit un liquide qu’on appelle lixiviat. « Il faut évaluer les risques de percolation et de ruissellement », explique Jovette Lemay. Certains aspects sont réglementés, comme la distance entre un amas et un puits, mais d’autres ne le sont pas, comme celle entre un amas et un cours d’eau. Il arrive que l’entreprise soit bien connue de l’agronome. Alors, Jovette Lemay peut juger que cette visite n’est pas essentielle.

Dans ses recommandations, l’agronome suggère, au besoin, des facteurs d’atténuation des risques. On parle d’une rigole d’interception qui capte l’eau de surface avant qu’elle n’atteigne l’amas. La bande filtrante et l’andain filtrant interceptent plutôt le liquide provenant de l’amas, le lixiviat, pour éviter qu’il ne contamine les cours d’eau.

Très souvent l’amas est conçu dès la fin de l’automne pour une reprise au printemps. Lors de redoux ou de pluie, il y a plus de risques. C’est alors que Jovette Lemay se déplace pour observer le comportement de l’amas. Au mieux, il se comporte comme prévu. Au pire, elle recommande d’apporter des correctifs, comme d’ajouter du matériel sur l’andain filtrant déjà présent. « C’est exceptionnel, parce qu’on essaie de tout prévoir », nuance Jovette Lemay.

Une dernière visite peut avoir lieu au printemps avant la reprise. Selon le Règlement, l’amas peut revenir sur le même site 12 mois plus tard, mais Jovette Lemay ne le recommande pas. Il faut éviter une accumulation de matière fertilisante.

« Les producteurs ont reçu de façon très positive l’autorisation de faire des amas au champ, mais ils n’ont pas encore le réflexe d’appeler », déplore Jovette Lemay. Du travail reste à faire notamment pour sensibiliser les receveurs. Faire des amas au champ est un privilège qui cache un devoir. Le message : appelez votre agronome !

*Article rédigé par Marie-Josée Parent.

*À noter que cet article n’est pas complet. La version intégrale est publiée dans Le Bulletin des agriculteurs, édition février 2011.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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