Bons rendements ne riment pas nécessairement avec bons prix

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2010

Les conditions des cultures sont très bonnes jusqu’à présent autant au Québec qu’aux États-Unis. Les bons rendements devraient donc être au rendez-vous.
par Jean-Philippe Boucher, agronome, M.B.A.

Bien heureux celui qui est en mesure de prévoir le prix des grains suivant la récolte cette année. Au moment d’écrire ces lignes, à la fin juillet, les conditions des cultures autant au Québec qu’aux États-Unis sont très bonnes. Certaines régions ont été touchées par des canicules et sécheresses, d’autres non. Mais, somme toute, les cultures sont dans de bonnes conditions et promettent de bons rendements, ce qui devrait écraser les prix à la récolte. Par contre, plusieurs éléments peuvent encore changer la situation.

Pour le maïs, chez nos voisins du Sud, la plupart des spécialistes s’accordent à dire que les premières estimations de rendements élevés qui circulaient en début d’été (autour de 10,30 à 10,40 TM/ha) ne seront pas atteintes. Certains croient même qu’une part non négligeable des superficies semées en maïs l’ont été dans des champs à moindre rendement et que, par conséquent, le rendement aux États-Unis sera plutôt près des 10 TM/ha. Ce large éventail de possibilités fait en sorte que les estimations de production américaine de maïs varient grandement.

Les inventaires américains de maïs pourraient ainsi être confortables, à plus de 38 millions de tonnes, ou beaucoup plus inquiétants, à quelque 26 millions de tonnes. Selon les cas, le prix du maïs suivant la récolte pourrait donc se replier ou encore progresser.

Du côté du soya, les différents scénarios sont aussi très variables. Certains spécialistes croient que le département américain de l’Agriculture (USDA) a surestimé les superficies qui ont été semées aux États-Unis. En raison des conditions plus difficiles de cultures en début d’année, les rendements de soya pourraient aussi être inférieurs à ce qui est prévu à 2,88 TM/ha.

La production américaine de soya serait alors inférieure à que 84 millions de tonnes, ce qui porterait leurs inventaires à un niveau critique inégalé de 2,15 millions de tonnes. Dans cette éventualité, le prix du soya pourrait bondir.

À l’inverse, d’autres analystes croient plutôt que les Américains auront bel et bien semé une superficie record de soya et que les bonnes conditions météorologiques qu’ils ont connues jusqu’à présent ouvrent toujours la porte à d’excellents rendements. Ce scénario ferait en sorte que les États-Unis récolteraient une nouvelle production record de soya, ce qui porterait à un niveau très confortable leurs inventaires et en écraserait le prix.

Devant autant d’incertitude, la meilleure approche reste toujours la même : ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier !

à propos de l'auteur

Commentaires