Climat : si la tendance se maintient…

Qu’en est-il des sécheresses? C’est une interrogation qui arrive à point compte tenu de la sécheresse qu’a connue le Québec en 2020

La fréquence et l’amplitude des vagues de chaleur n’ont pas augmenté aux États-Unis depuis un siècle.

La programmation du Salon de l’agriculture de Saint-Hyacinthe comportait cette année une webconférence sur les changements climatiques présentée par l’agronome Jeff Schussler. Les observations de ce consultant, un chercheur récemment retraité de Corteva Agrisciences, portent d’abord sur les États-Unis. Mais il tombe sous le sens qu’une partie peut s’appliquer au Québec, en particulier les observations spécifiques au nord-est américain.

Qu’en est-il des sécheresses? M. Schussler a vérifié si leur fréquence et leur intensité se sont accentuées au cours des dernières décennies. C’est une interrogation qui arrive à point compte tenu de la sécheresse qu’a connue le Québec en 2020. S’appuyant sur des statistiques couvrant les 100 dernières années, le spécialiste livre une conclusion qui est sans appel : il n’y a pas de tendance à la hausse sur le long terme. Évidemment, il y a eu des épisodes exceptionnels au cours du dernier siècle. «On a eu des périodes plus sèches dans les années 1930 et dans les années 1950, observe-t-il en pointant un graphique éloquent. La dernière sécheresse remonte à 2012.» À noter toutefois que les données de 2020 ne figuraient pas dans son analyse.  

Les années 1930, si éprouvantes pour les agriculteurs des plaines américaines, ont aussi été marquées par une vague de chaleur exceptionnelle. C’est d’ailleurs la seule période qui se démarque sur ce plan. «La fréquence et l’amplitude des vagues de chaleur n’ont pas augmenté aux États-Unis depuis un siècle», tranche le conférencier.

Ce qui a changé, par contre, ce sont les précipitations. Depuis les années 1970, celles-ci s’avèrent plus fréquentes et plus intenses. «Cela est néfaste pour le maïs, commente-t-il, car les précipitations peuvent entraîner plusieurs inconvénients : retard de semis ou de récolte, conditions du sol anaérobies, pertes d’azote par lixiviation, verse, etc.» À noter que cette accentuation est particulièrement prononcée dans le nord-est américain.

Plus de luminosité

Un aspect qui est rarement abordé lorsqu’il est question de changements climatiques est celui de l’énergie lumineuse, un élément clé en agriculture. «Les champs de maïs sont des panneaux solaires à grande échelle», lance M. Schussler.

Or, selon celui-ci, l’énergie lumineuse augmente depuis les années 1980. La hausse est de l’ordre de 15%. «Cette hausse a un effet positif, rapporte-t-il. Le maïs réagit de manière linéaire à l’intensité lumineuse. La hausse de luminosité est plus marquée dans l’ouest du continent que dans l’est, où les nuages sont plus présents. Des chercheurs ont estimé qu’entre 1984 et 2013, l’augmentation de l’intensité lumineuse a été responsable de 27% de la hausse de rendement du maïs dans le Corn Belt

Au final, l’ancien chercheur conclut que les changements climatiques n’ont pas nui à la culture du maïs aux États-Unis jusqu’à maintenant. «La hausse du rendement est continue depuis 70 ans, dit-il, graphique à l’appui. Et nous n’avons aucune raison de croire que les changements climatiques auront un impact négatif dans un avenir proche.» L’agronome souligne cependant que ce n’est pas le cas dans toutes les régions du globe. «Les prévisions indiquent que les pays situés près de l’équateur subiront des effets négatifs marqués, dit-il. Comme ces pays sont déjà très chauds, toute augmentation de température, de nuit comme de jour, aura un effet négatif.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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