Composer avec la force et la volatilité du dollar

Autrefois, une fluctuation monétaire de 5 % pouvait prendre des mois à se concrétiser. Aujourd’hui, il n’est pas surprenant de voir des fluctuations pouvant atteindre les 5 %, 8 % ou même 10 % en l’espace d’une semaine. Quiconque dépend du taux de change pour acheter des intrants ou vendre des produits, court le risque de payer plus cher ou d’obtenir moins que prévu s’il se trouve du mauvais côté du balancier.

Les entreprises agricoles sont d’autant plus vulnérables, car elles fonctionnent avec des marges de profits serrées. Elles ont donc avantage à user de stratégies pour soustraire le facteur de risque associé aux fluctuations du taux de change.

« Le détaillant qui achète un article qui lui a coûté 5 % de plus à cause du taux de change vous le repasse le lendemain. Dans le secteur primaire cependant, le cycle est beaucoup plus long et ça prend un an souvent avant d’obtenir un retour sur son investissement, explique Gerry Van Winden, président-directeur général de VegPro International, une entreprise de Sherrington spécialisée dans les salades prêtes à manger. Les gens s’inquiètent des taux d’intérêt, mais ce n’est rien comparé à l’impact que peut avoir la fluctuation du dollar sur les profits. »

Être stratégique

La stratégie que prône Ron Lemaire, président de l’Association canadienne de distribution de fruits et légumes (ACDFL), est de ne pas tant miser sur la devise, mais de tenter de gérer le coût de ses intrants et l’intégrité de ses produits. « Cela semble un peu contre intuitif de dire cela à l’industrie, mais une stratégie d’affaires ne doit pas se baser sur la force du dollar. »

Le processus exige de bien gérer son risque opérationnel, explique Antoine Lajoie, directeur principal du change international à la Banque Nationale du Canada. Dans un premier temps, il faut protéger le coût de ses intrants. En ce qui concerne le secteur alimentaire, le cycle de vie, c’est-à-dire le moment entre la commande et la livraison, est relativement court. Mais si l’on commande pour 100 000 $ US de produit et que le taux de change, qui était à parité lors de la commande, monte à 1,02 $ le surlendemain, ce 100 000 $ US coûtera 102 000 $ et grugera 2 % des profits.

Il existe divers outils financiers pour éviter de telles pertes, ajoute Antoine Lajoie. Parmi les plus populaires, on retrouve les contrats à terme, qui sont ni plus ni moins un engagement d’acheter ou de vendre une devise à une date ultérieure. Cela ne coûte rien à mettre en place. Ainsi, un contrat à terme fait lors de la commande de 100 000 $ US de produit lorsque le dollar est à parité vous évitera de débourser 2000 $ de plus si le dollar monte à 1,02 $.

Les options, comme le terme l’indique, donnent le droit et non l’obligation d’acheter des devises si on en a besoin, moyennant une prime. « Une option prise en achetant pour 100 000 $ US d’intrants quand le dollar est à parité vous donne une assurance que vous n’aurez pas à payer plus cher que prévu, dit-il. Mais si le dollar tombe à 0,95 $, cette assurance fait également en sorte que vous n’aurez pas à acheter des devises, car ce fameux 100 000 $ US coûterait maintenant 950 000 $. »

Une troisième stratégie consiste à ne rien faire. « C’est une stratégie dans la mesure où celui qui l’utilise en est pleinement conscient sinon il se retrouvera en situation de spéculation improvisée », souligne Antoine Lajoie. Dépendamment de la situation de l’entreprise et de l’actualité, un producteur pourrait également décider de couvrir une partie de son risque à l’aide d’un contrat à terme ou d’une option, et laisser le reste aux aléas du marché.

L’article complet, écrit par la journaliste Suzanne Deutsch, est disponible dans l’édition de mai 2012 du Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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