Du maïs à 14 %, un jeu d’enfant

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Voici divers facteurs à considérer pour sécher du maïs de façon efficace et économique tout en préservant la qualité des grains.
par Nancy Malenfant

Encadré : Pour un grain sec de qualité
En pleine saison des récoltes, le Bulletin des agriculteurs vous propose un troisième article portant sur le séchage des grains. Au menu, les trucs des experts et les erreurs à éviter pour s’assurer d’un grain qui allie qualité et stabilité de conservation. Partie 1 : Sécher son blé sans le brûler Partie 2 : Pour un soya sec et parfait Partie 3 : Du maïs à 14 %, un jeu d’enfant

Amener du maïs à 14 % de teneur en eau (TEE) peut être coûteux dépendamment du taux d’humidité à la récolte et du prix du propane. Des économies d’énergie restent possibles en appliquant des principes simples pour maximiser l’efficacité du séchage.

La température de l’air
Le maïs est souvent récolté à une TEE plus élevée (parfois jusqu’à 34-35 %) que les céréales et le soya. Contrairement à ces derniers, on peut sécher le maïs à haute température (90-100 0C) puisque la chaleur de l’air sert à évaporer l’eau et non à réchauffer le grain.

« Cependant, ceci n’est plus vrai à moins de 20 % de TEE, car il y a moins d’eau à évaporer et une partie de la chaleur va augmenter la température du grain, prévient l’expert en séchage des grains Serge Fortin. Il faut alors diminuer la température de séchage. » Certains séchoirs comportent plusieurs brûleurs, ce qui permet d’envoyer de l’air chaud là où le grain est humide et de baisser la température au fur et à mesure que le grain plus sec descend dans le séchoir.

Par ailleurs, il est faux de croire qu’en séchant le maïs à basse température on fait des économies. En effet, l’évaporation d’eau à haute température requiert moins d’énergie par kilogramme d’eau que l’évaporation à basse température.

L’épaisseur du grain
Dans le blé ou le soya, on recommande de limiter l’épaisseur de la couche de grains pour favoriser un séchage uniforme, mais dans le maïs, c’est tout le contraire. Selon Serge Fortin, l’épaisseur du grain que l’on peut sécher avec un certain type d’équipement a un impact sur l’efficacité du séchoir. « Avec une couche de grains plus épaisse, on profite davantage du pouvoir d’évaporation de l’air chaud », explique-t-il. Dans un séchoir à colonnes, l’air passe à travers seulement 30 centimètres de grains, il n’est donc pas saturé en eau à la sortie. Dans un silo séchoir, la même quantité d’air traverse jusqu’à deux ou trois mètres de grains et capte davantage d’humidité. »

Le refroidissement en silo
Cette technique permet d’économiser un peu d’énergie puisqu’on sort le lot de grains séchés à haute température avant qu’il ne soit refroidi, et ce, lorsqu’il a atteint une teneur en eau d’environ 0,5 % supérieure à la valeur souhaitée. On l’entrepose immédiatement et on le ventile pour le refroidir. C’est la chaleur accumulée dans le grain qui servira à évaporer l’excédent d’eau lors de la ventilation.

La dryération
La dryération demande davantage de travail puisqu’on sèche en deux étapes, mais elle permet de réduire les dépenses de propane. On amène d’abord le maïs jusqu’à une teneur en humidité de 18-19 % dans le séchoir. Alors qu’il est encore très chaud, on le transfère dans une autre cellule pour une période de ressuyage d’environ dix heures sans ventilation. Pendant le ressuyage, l’humidité migre à partir du coeur du grain vers sa surface. Elle est ainsi plus facile à extraire quand on active la ventilation de refroidissement. Le grain sec est finalement déplacé dans le silo d’entreposage.

Une surveillance serrée est de mise avec la dryération puisque de la condensation peut se former sur les parois du silo pendant le ressuyage. Ceci se produit surtout lors de journées froides où le contraste entre la température extérieure et celle du grain est important.

Attention au surséchage
Les derniers points d’humidité demandent davantage d’énergie pour être évacués. De plus, le séchage excessif pénalise le poids spécifique du grain. Il est donc peu avantageux de sécher le grain plus que nécessaire.

Afin d’éviter le surséchage, un contrôle régulier de l’humidité des grains est primordial. Pour constituer un échantillon afin d’établir la moyenne de TEE, il faut faire plusieurs prélèvements à divers endroits dans le silo. L’échantillon devra avoir été bien refroidi avant la prise de mesure.

Éviter les chocs thermiques
Il faut faire attention quand on fait passer du grain très chaud à la section de ventilation, car il peut se retrouver subitement soumis à un air extérieur très froid. Le brusque changement de température crée un choc thermique par lequel le grain a tendance à se fissurer. « Il ne se brisera pas immédiatement, mais il sera fragilisé, explique Serge Fortin. Il se cassera plus facilement lors du passage sur les convoyeurs et à la reprise pour l’expédition. » Lors des journées très froides d’automne, on peut laisser reposer le grain sorti du séchoir un moment avant d’actionner la ventilation.

Une surveillance serrée
Il est important de toujours surveiller la température pour ne pas caraméliser et chauffer les grains de façon excessive. Cette précaution s’applique surtout dans les séchoirs à colonnes où le grain s’écoule entre deux parois perforées, car c’est toujours le même grain qui reçoit directement l’air chaud depuis le haut jusqu’au bas du séchoir.

Il faut donc examiner les grains qui sortent du séchoir pour vérifier s’il y a des grains brunis ou surchauffés. Si c’est le cas, il faut ajuster la température à la baisse et ralentir le débit des grains dans le séchoir pour être certain que tout est bien sec. « C’est le compromis à faire pour maintenir la qualité », soutient Serge Fortin.

La propreté du grain
Quand on récolte le maïs à haute humidité (33-35 %), les grains ont davantage tendance à se briser dans la batteuse. On se retrouve alors avec des particules fines qui obstruent les interstices entre les bons grains et qui diminuent la capacité de séchage. Il faut donc bien nettoyer les lots avant de les passer dans le séchoir pour s’assurer d’une bonne circulation de l’air à travers les grains.

Le choix de l’hybride
La maturité de l’hybride et la courbe de séchage jouent sur le taux d’humidité à la récolte. Un hybride plus hâtif atteindra la maturité physiologique plus tôt et profitera davantage de journées favorables pour sécher au champ. Quant aux hybrides avec une courbe de séchage rapide, ils perdront plus rapidement des points d’humidité une fois parvenus à la maturité physiologique. Ainsi, deux hybrides avec la même cote d’UTM peuvent avoir une courbe de séchage différente.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Au Québec, le maïs-grain est parfois récolté jusqu’à 35 % d’humidité, ce qui implique des coûts de séchage importants.
2. La maturité de l’hybride joue sur le taux d’humidité à la récolte, mais aussi la courbe de séchage. Un hybride hâtif avec une courbe de séchage rapide sera plus économique à sécher.
3. Il est important de toujours surveiller la température pour ne pas caraméliser et chauffer les grains de façon excessive. Cette précaution s’applique surtout dans les séchoirs à colonnes.

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