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Capable d’innovation la pomme de terre?

Être à l’écoute du marché et innover, voici les défis qui attendent les producteurs de pommes de terre du Québec. Sinon, le déclin de la pomme de terre de table produite ici ne fera que s’accentuer.

L a pomme de terre fraîche produite au Québec perd du terrain en épicerie, mais nos producteurs n’ont pas dit leur dernier mot. L’été dernier, la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec (FPPTQ) a créé le comité innovation, avec à sa tête Pierre Chouinard, un producteur profondément engagé dans la recherche et les activités syndicales. Les travaux du comité sont à peine entamés, prévient Pierre Chouinard, mais sa réflexion personnelle a déjà fait beaucoup de chemin.

Quel est votre diagnostic du marché actuel ?

Les parts de nos producteurs sont en diminution sur notre propre marché au Québec. Nous le savons et les chaînes nous le disent. Non seulement les pommes de terre fraîches sont-elles en compétition avec des substituts comme le riz et les pâtes, mais elles doivent maintenant rivaliser avec des produits transformés. En épicerie, on trouve de plus en plus de pommes de terre emballées sous vide, prépelées, prêtes pour le micro- ondes ou encore dans des emballages de petit format. La plupart du temps, ces produits viennent d’ailleurs.

Existe-t-il des initiatives pour mieux occuper le marché local ?

Certains groupes de producteurs et certains emballeurs identifient leurs pommes de terre à une variété et à leur région. Ce sont de très bonnes initiatives, mais je pense qu’il est temps que nous nous donnions une stratégie concertée à l’échelle de la province pour mieux positionner le produit.

La FPPTQ, en partenariat avec les emballeurs et les chaînes, a mis sur pied un fonds tripartite de près de 600 000 $ pour la promotion de la pomme de terre du Québec. Nous avons notamment lancé le mois de la pomme de terre (novembre), avec une campagne de publicité. Nos pommes de terre sont mises à l’avant- plan au moment même où celles d’ailleurs arrivent sur le marché.

Quels changements doivent s’opérer pour que les producteurs d’ici occupent mieux le marché local ?

Un changement de philosophie très important est déjà en cours : examiner ce que le marché demande et produire en conséquence. Personnellement, je crois qu’il faut miser sur le goût pour relancer la consommation de pommes de terre. Les Québécois sont des consommateurs différents et je crois qu’en les sensibilisant, nous pourrons les amener à choisir leurs pommes de terre en fonction du goût et non seulement de l’apparence.

Quels sont les signaux que vous percevez du marché ?

Le consommateur d’aujourd’hui va plus souvent à l’épicerie, souvent en prévision d’un repas qui sera préparé le jour même. Il veut des pommes de terre de taille semblable, dans un emballage de petit format qu’il pourra préparer rapidement. La popularité des sachets de pommes de terre « grelots » illustre ce changement et, pour l’instant, ce produit est importé. Pourtant, le consommateur est de plus en plus soucieux d’acheter un produit local.

Les producteurs du Québec sont-ils capables d’innover et de s’adapter rapidement aux besoins du marché ?

Il y a une dizaine d’années, nous produisions principalement des variétés rondes blanches. Après la période des Fêtes, elles noircissaient à la cuisson. Les consommateurs s’en plaignaient et les chaînes nous demandaient d’innover pour résoudre ce problème de qualité. En l’espace de deux ans, les pro- ducteurs se sont mis à cultiver d’autres variétés. Ce fut un gros choc culturel, mais ils se sont adaptés rapidement.

Je pense que si nous nous donnons un plan stratégique concerté et que nous prouvons au producteur qu’il va tirer avantage à produire, par exemple, une variété de pommes de terre jaunes, il va embarquer.

Quels nouveaux produits pourraient voir le jour au Québec ?

Nous pourrions produire des variétés très goûteuses, qu’elles soient jaunes, rouges, roses ou même bleues. Nous pourrions proposer de nouveaux emballages, comme ces boîtes de carton de trois livres que l’on retrouve en Europe, avec trois ou quatre pommes de terre de la même taille, d’une variété bien identifiée. Nous devons répondre aux besoins de chaque segment du marché et miser sur le fait que les Québécois aiment bien manger.

Devrait-on identifier spécifiquement les variétés sur les emballages ?

Dans la pomme de terre, nous en sommes actuellement là où la pomme était il y a 10 ou 15 ans. Aujourd’hui, les consommateurs achètent leurs pommes en fonction de la variété. Si demain on se met à indiquer le nom des variétés sur tous les sacs de pommes de terre, je crois qu’on risque de perdre le consommateur. Mais lorsque nous introduirons de nouvelles variétés, je pense que nous devrions les identifier et en faire la promotion.

Vous affirmez que la mise en marché de la pomme de terre fraîche au Québec est à revoir. Quel est le problème ?

Nous avons trois chaînes de supermarchés qui écou- lent à elles seules 80 % des pommes de terre de table produites au Québec. Cela fait trois acheteurs, une quinzaine d’emballeurs et 200 producteurs. Il est temps de revoir le rapport de force entre ces acteurs pour une meilleure répartition de la richesse sur le prix vendu.

Présentement, c’est au Manitoba que l’on retrouve le meilleur système au Canada. Tous les producteurs produisent pour Peak of the Market, une agence qui leur appartient et qui agit comme guichet unique pour les acheteurs.

Je crois beaucoup aux principes du commerce équitable. Sur un sac de 10 livres de rouges ou de blanches à 3,99 $, il y a facilement de quoi bien rémunérer tous les maillons, du semencier jusqu’au distributeur.

À quoi ressemblera la pomme de terre du futur ?

La pomme de terre demeurera un aliment de base, très nutritif et abordable. Parallèlement, on l’offrira aussi avec une valeur ajoutée, par son emballage et la valorisation de la variété, pour répondre à des marchés de niche. Cette pomme de terre sera non seulement très goûteuse, mais elle se cuira très rapidement. On verra aussi des variétés à la pelure très mince, mais rigide, qui se pèlera en 15 secondes, comme on râpe une carotte.

*Article rédigé par André Dumont.

*À noter que cet article n’est pas complet. La version intégrale est publiée dans Le Bulletin des agriculteurs, édition février 2011.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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