Les agriculteurs québécois très actifs sur Internet

Pas branchés, les agriculteurs? Rien n’est moins vrai, révèle une enquête du Bulletin des agriculteurs sur les habitudes d’utilisation d’Internet.

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La classe agricole au Québec a sauté à pieds joints dans la vague Internet. Oubliez les mythes selon lesquels les agriculteurs ont de la difficulté à se brancher ou que leurs habitudes d’utilisation du Web ont quelques années de retard sur celles des internautes urbains.

Pour mieux connaître l’utilisation que font les producteurs agricoles d’Internet, Le Bulletin des agriculteurs s’est associé à Dekalb pour mener une enquête. En tout, 301 producteurs ont été sondés, la plupart par téléphone, d’autres par un questionnaire en ligne. La marge d’erreur est de +/- 4,7 %, 18 fois sur 20.

Premier constat : les agriculteurs utilisent énormément Internet, à l’image du reste de la population du Québec. Selon nos résultats, 74 % des agriculteurs utilisent Internet par affaires une fois ou plus par semaine. Chez l’ensemble des adultes québécois, ce taux atteint 75,7 %, tous usages confondus (données de mars 2011 du CEFRIO, le Centre francophone d’informatisation des organisations).

Pas moins de 25 millions (75 %) des Canadiens sont des internautes assidus. D’après un rapport comScore, le Canadien moyen utilise Internet deux fois plus (43,5 heures par mois) que la moyenne mondiale (23,1 heures par mois). Avec une moyenne de 95,2 sites Web visités par utilisateur par mois, nous sommes les champions du monde.

En France, les taux d’accès à Internet sont largement inférieurs. En avril 2010, le baromètre Agrodistribution-ADquation révélait que 59 % des agriculteurs étaient connectés à Internet, alors que la population française en général est branchée à environ 70 %.

Service accessible

Parmi les répondants au sondage, 83 % ont déclaré avoir installé Internet à la ferme et 55 % utilisent une connexion haute vitesse.

« Quand la haute vitesse est disponible, les agriculteurs n’ont pas d’hésitation à adopter le meilleur service possible », observe l’agronome spécialisée en recherche marketing Maryse Hudon, qui a rencontré des agriculteurs pour préparer le questionnaire du sondage.

Chez les producteurs qui ont déclaré ne faire aucun usage d’Internet pour les besoins de la ferme, l’accessibilité au service n’arrive qu’au troisième rang parmi les raisons invoquées. Les répondants ont plutôt indiqué ne pas en avoir besoin (32 %) ou ne pas savoir comment s’en servir (16 %).

Notre enquête a clairement révélé que le taux d’utilisation augmente avec le niveau de scolarisation. Par contre, l’âge ne semble pas un facteur déterminant, même si on remarque une utilisation plus fréquente chez les 44 ans et moins.

« Chez certains agriculteurs près de la retraite, le transfert est entamé et les jeunes ont déjà pris la relève au point de vue informatique. Ces agriculteurs connaissent le potentiel d’Internet, mais ils préfèrent laisser à la relève cet aspect de la gestion de la ferme », observe Maryse Hudon.

Une autre étude, réalisée par le Groupe de travail sur les collectivités rurales branchées en 2009, révèle que le taux de branchement des jeunes agriculteurs (87 %) est plus élevé que la moyenne des ruraux au Québec. L’utilisation et l’accès à Internet chez les jeunes agriculteurs croît avec le taux de scolarisation : 100 % chez les diplômés universitaires, 90 % chez ceux qui ont fait des études collégiales, 82 % chez ceux qui n’ont complété que leurs études secondaires ou des études professionnelles et 76 % chez ceux qui n’ont aucun diplôme.

Fous de météo

Quand les agriculteurs consultent Internet pour les besoins de la ferme, c’est d’abord pour connaître la météo (86 % des répondants le font une fois ou plus par mois). Fait intéressant, les conditions météorologiques arrivent aussi au premier rang des informations cherchées sur Internet par 72 % des adultes québécois, selon les données du CEFRIO.

Dans le cadre de leur métier, les agriculteurs utilisent en second lieu les sites de services financiers et bancaires. Suivent la recherche de nouveaux produits et de nouvelles techniques agricoles, la consultation ou la publication de petites annonces en ligne, la lecture d’infolettres agricoles et l’utilisation d’outils de comparaison de rendement ou de gestion agricole.

Encore peu d’agriculteurs font des achats sur Internet. Parmi les répondants, 80 % ont déclaré n’en avoir fait aucun au cours des derniers mois. De ceux qui avaient fait des achats reliés à la ferme, 40 % s’étaient procuré des pièces, de l’équipement ou des outils, 15 % des fournitures de bureau et 13 % des semences ou des grains.

Quelque 80 % des répondants ont déclaré préférer brasser des affaires en personne et le tiers n’a pas confiance en Internet pour réaliser des transactions. « Il y a encore une préoccupation de sécurité des transactions, rapporte Maryse Hudon. C’est une chose de se servir d’Internet pour faire de la recherche, c’en est une autre de s’en servir pour faire des transactions. »

La confiance envers l’information trouvée sur Internet varie en fonction de la source. Les agriculteurs font le plus confiance aux sites des institutions financières (79 %), des événements agricoles (76 %), des magazines (71 %), des associations et syndicats agricoles (68 %) et des agences gouvernementales (67 %). La confiance diminue quand il s’agit d’organismes sans but lucratif (39 %) et d’information mise en ligne par d’autres producteurs (35 %).

iPhone et BlackBerry

Les Canadiens sont des champions d’utilisation d’Internet, mais quand il s’agit des applications mobiles sur un téléphone cellulaire, ils sont plutôt derniers de classe. La tendance est encore plus marquée parmi la classe agricole.

Seuls 8 % des répondants à notre enquête ont déclaré posséder un téléphone intelligent leur permettant d’accéder à Internet. Parmi ceux-ci, la vaste majorité (64 %) reconnaît ne pas se servir de fonctions Internet mobiles pour les affaires de la ferme. Visiblement, les agriculteurs préfèrent leur écran d’ordinateur à celui de leur téléphone…

Dans la population québécoise, 17 % des adultes possédaient un téléphone intelligent en 2010, contre 13 % en 2009 (données du CEFRIO). C’est maintenant le quart des cellulaires au Québec qui sont des téléphones intelligents. Quelque 13 % des Québécois utilisent de tels téléphones pour naviguer sur Internet.

D’après les résultats d’une enquête récente de l’agence Delvinia, à Toronto, les Canadiens se servent avant tout de leur téléphone intelligent pour parler. La deuxième utilisation la plus fréquente : le réveil-matin! La troisième : les messages textes. Si vous n’avez encore jamais téléchargé une nouvelle application pour votre téléphone, vous n’êtes pas seul!

L’avenir

Notre enquête révèle tout l’enthousiasme qu’entretiennent les producteurs à l’égard d’Internet. La majorité des répondants croient que cette technologie contribue beaucoup à la gestion de leur entreprise et que les outils disponibles en ligne comblent leurs besoins. Trois quarts (75 %) des répondants souhaiteraient avoir plus de temps pour mieux exploiter Internet au profit de leur entreprise.

Quelque 74 % des répondants croient qu’ils utiliseront Internet encore plus dans les années à venir. Cependant, la plupart n’arrivent pas à préciser comment ils le feront.

Au Bulletin des agriculteurs, nous venons de rajeunir la facture graphique de notre site Internet, en plus de lancer une infolettre axée sur les grandes cultures. Ce n’est qu’un début. Que nous réserve l’avenir dans le cyberespace? Une seule certitude : tout développement se fera en fonction des besoins des agriculteurs, qui sont à la fois des gens de terre, d’affaires et de technologie.

Le Bulletin des agriculteurs, mai 2011

à propos de l'auteur

Éditeur et rédacteur en chef

Yvon Thérien est agronome et éditeur et rédacteur en chef au Bulletin des agriculteurs.

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