Les chiens de berger : des alliés fidèles sur la ferme

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Plus qu’une ressource utile, les chiens de race Border Collie sont, depuis dix ans, une passion pour Hélène Noël d’Abitibi-Témiscamingue.
par Marie-Josée Parent, agronome

Georges Paradis traînait toujours son chien avec lui, un Border Collie rouge, se souvient Hélène Noël de la ferme Lafontaine-Noël d’Abitibi- Témiscamingue. On a eu un kick pour ce chien-là. C’est à ce moment que l’aventure a commencé. » La famille d’Hélène Noël et de son conjoint Éric Lafontaine ont alors adopté Penny. Il s’agit de la soeur de Copper, le chien du vétérinaire Georges Paradis, bien connu des producteurs bovins de l’Abitibi. C’était en mai 2000.

Aujourd’hui, Penny fait toujours partie de la famille Lafontaine-Noël. L’entreprise familiale vache-veau compte 330 vaches avec engraissement en semi-finition et finition à Dupuy, en Abitibi-Ouest. Avec les veaux, la relève et les taureaux, la ferme dénombre quelque 800 têtes. Penny est la doyenne de sa famille canine qui comprend sa fille Patch, son fils Terzo et les cinq chiots de Patch. « Ce sont nos meilleurs employés, explique Hélène Noël. De la moulée et de l’affection, c’est tout ce qu’ils demandent. »

Âgée pour une chienne, Penny ne travaille plus pour le troupeau. « Pauvre Penny! Elle est en retraite complète : blessure d’athlète, déchirure partielle du ligament croisé », précise Hélène Noël. Les Border Collie sont des chiens infatigables. Pleins de vivacité, ils cherchent constamment le travail. Lors de la visite du Bulletin en Abitibi l’an dernier, Penny travaillait encore à l’occasion. Elle démontrait un calme exemplaire pour un Border Collie. Malgré tout, dès que sa maîtresse lui dictait les quelques directives de base, elle s’élançait. « Avec les quatre commandes “allez”, “viens”, “couche” et “reste”, un chien normal peut en faire beaucoup, explique Hélène Noël. Il ne me reste que “gauche” et “droite” à leur enseigner. Ils associent très vite un mot avec une commande. »

Surnommés chiens de berger, les Border Collie sont davantage connus pour leur travail avec les troupeaux ovins, mais ils peuvent aussi bien travailler avec des bovins, comme le démontre Hélène Noël. « Il faut un chien qui soit habitué de travailler avec les bovins », explique l’éleveuse. Un jour, ses chiens ont été amenés devant un troupeau de moutons. Ils ne savaient pas quoi faire.

Les Border Collie ont l’instinct pour aller chercher les animaux qui traînent en arrière, le plus souvent les veaux. Ils se déplacent de gauche à droite pour montrer aux animaux le chemin à suivre. Hélène Noël se sert de ses chiens pour l’aider lors des changements de pacage. « S’il y a de l’herbe devant, les vaches avancent facilement, mais s’il faut amener les vaches du champ d’herbe vers une plate-forme de ciment, ça prend trois personnes, explique Hélène Noël. Un chien remplace ces trois personnes. Les gens qui ont fait de la gestion de pâturage et qui travaillent avec un chien voient la différence. »

Hélène Noël est la chef de meute. C’est elle que les chiens écoutent dans la famille. « Quand je sors de la maison, les chiens me suivent. Si Éric sort, ils ne le suivent pas, dit-elle. Par contre, si je ne suis pas là, Éric est capable de travailler avec eux. » Peu importe qui commande, les instructions aux chiens doivent être les mêmes.

L’éleveuse a beaucoup appris par elle-même. Toutefois, elle a acquis quelques rudiments de base avec l’éleveur qui lui a vendu Penny, Henry Pascone, éleveur de chevaux et de Border Collie d’Hemmingford, en Montérégie. Elle reconnaît en avoir encore beaucoup à apprendre sur le dressage des Border Collie. Elle aimerait maîtriser davantage les directives reconnues internationalement pour le dressage de cette race de chiens.

« Je pointe avec le doigt, mais je ne devrais pas avoir de contact visuel avec eux, dit-elle. Je devrais travailler davantage avec le contact sonore (“gauche” et “droite”) et avec le sifflet. » Cet été, elle a décidé de s’y mettre et de suivre un cours de dressage avec Paï, un des chiots de Patch, auprès de l’éleveuse de Border Collie Nathalie Labelle.

L’usage veut que les éleveurs de Border Collie utilisent les directives en anglais : « stay », « lay down », « sit » et ainsi de suite. Ainsi, un chien peut être vendu dressé et entraîné à répondre automatiquement aux directives du maître.

« Souvent, les gens voient ça gros, raconte Hélène Noël. Pourtant, je ne consacre pas beaucoup de temps à mes chiens, mais ils ont l’obéissance que tout chien a. On ajoute à ça des chiens qui ont l’instinct de travailler avec les vaches et puis on est capable de travailler avec. »

Encadré : Patch, la chienne de sept ans, a eu une portée de sept chiots l’an dernier. Deux ont été vendus et une femelle a été gardée pour la relève du troupeau. Par contre, le nombre élevé de mâles a compliqué leur placement. « La vente n’a pas été bonne, seulement deux ont été vendus, soit Giroflée et Mandibule, raconte Hélène Noël. Les trois quarts des demandes que j’ai eues étaient pour des femelles. » Chaque membre de la famille en a adopté un, sauf Hélène qui en a deux. Hélène et Paï ont suivi récemment une formation de herding. Le herding est la conduite de troupeau par un maître et son chien.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Hélène Noël a débuté l’élevage avec Penny parce qu’elle aimait son tempérament. Ce qui compte pour elle lorsqu’elle place un chien, c’est de trouver une famille qui va bien s’en occuper. Le Border Collie est un chien qui cherche le travail. Il vaut donc mieux qu’il soit sur une ferme. C’est aussi un animal qui demande beaucoup d’affection. « Avant d’avoir un chien pour travailler avec les vaches, il faut aimer les chiens », insiste-t-elle. Première Border Collie arrivée dans le troupeau il y a 10 ans, Penny est nouvellement retraitée. L’an dernier, elle travaillait encore, mais plus doucement que ses propres chiots toujours présents sur la ferme.
2. Les Border Collie comme Penny ont l’instinct de rassembleur. Se déplaçant de gauche à droite, ils s’assurent que les retardataires rejoignent le troupeau.
3. Âgé de quatre ans, Terzo est le plus jeune chiot de Penny sur la ferme. C’est le plus souvent utilisé pour la gestion de troupeau. Remarquez comment il s’y prend avec le taureau pour le faire avancer.

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