Nourris à petit prix

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Les pâturages permettent de nourrir les bovins à moindre coût. Alors, imaginez l’économie si vous réussissez à les nourrir pendant près de six mois à l’herbe !
par Marie-Josée Parent, agronome

Réunis dans la cuisine de la ferme familiale, l’éleveur bovin Walter Last, son épouse Helen Villeneuve et l’agronome à la retraite Hubert McClelland s’enflamment. Au menu de la discussion : les pâturages. Nous sommes le 26 octobre 2009 et la saison de paissance achève. Aujourd’hui, les 30 vaches croisées Angus-Hereford ou Angus-Charolais et leurs veaux, de la ferme Lastholme de Val-des-Monts en Outaouais, seront transférés de pâturage pour une toute dernière fois. « L’alimentation au pâturage permet de sauver de 2 à 3 $ par jour par unité animale si on inclut tous les autres coûts comme l’amortissement, l’équipement et l’épandage du fumier », explique Hubert McClelland. « Deux dollars d’économie, ça représente 60 $ par jour pour le troupeau, renchérit Walter Last. »

Hubert McClelland est passionné par la gestion économique des pâturages depuis de très nombreuses années déjà. C’est lui qui a converti Walter Last au début des années 1990. « Ça nous a pris cinq à six ans avant de trouver la bonne grosseur des parcelles à pâturer et les bonnes espèces », raconte l’éleveur. Ainsi, les champs sont maintenant composés de fétuque élevée, de dactyle, de mil, de trèfle rouge et blanc et de lotier. Lorsqu’il a pris la relève de son père producteur laitier en 1988, du maïs ensilage était cultivé sur les terres vallonnées. Aujourd’hui, toutes les superficies cultivables sont occupées par des prairies ou des pâturages permanents : 28 hectares (68 acres) de prairies et pâturages propriétés de l’entreprise et 30 hectares (75 acres) loués. « On s’est rendu compte que c’était beaucoup d’argent et que nos terres n’étaient pas faites pour de la grosse machinerie », dit-il.

La superficie versus le nombre d’animaux

Aujourd’hui, le modus vivendi est : maximisons les pâturages et minimisons l’hivernage. Walter et Helen ont réussi à faire pâturer les animaux jusqu’à 180 jours. « La plupart des producteurs au Québec font pâturer 100 jours, explique Hubert McClelland. Ceux qui font plus de 140 jours, c’est exceptionnel. » Qu’est-ce qui distingue ces éleveurs ? La pression sur les pâturages, répond l’ancien agronome du MAPAQ en Outaouais. « Ici, c’est la superficie qui détermine le nombre d’animaux », explique- t-il. Walter Last pensait même diminuer le nombre d’animaux pour faire paître plus longtemps. Il aimerait amener ses vaches dans les pâturages vers la fin avril ou le début mai et les retirer en décembre. « En Amérique du Nord, nous avons l’habitude de maximiser le nombre de kilogrammes de gain, plutôt que le gain par unité de surface, explique Hubert McClelland. En Nouvelle- Zélande, c’est de cette autre façon qu’ils évaluent l’efficacité. » À la ferme Lastholme, la superficie a été évaluée en 2008 à 1,45 hectare (3,59 acres) par vache avec son veau. « À mon avis, c’est trop souvent moins de 1,25 hectare (3 acres) par vache », commente Hubert McClelland.

L’élément limitatif de la ferme Lastholme est la superficie. Les 13 champs sont divisés en sept ou huit parcelles chacun. Plus du tiers de ces champs, soit 10 des 28 hectares (25 des 68 acres), est récolté en ensilage en début de saison, alors que l’herbe pousse vite. Les pâturages n’ont pas été labourés depuis 13 ans et ne sont pas près de l’être. Helen et Walter sont maintenant des adeptes de la gestion holistique, soit la gestion globale de l’entreprise. « Pour moi, l’agriculture durable, ce n’est pas pour 10 ans, mais pour 100 ans ou pour 1000 ans », affirme Walter Last.

Encadré : Des trucs pour abreuver
Les pâturages de la ferme Lastholme, propriétés de Walter Last et d’Helen Villeneuve, de Val-des-Monts, en Outaouais, sont bien pourvus en eau. Les champs les plus près de la maison sont branchés sur la prise d’eau résidentielle. Un tuyau apporte l’eau aux pâturages. Un raccord femelle de ce type (voir photo) dans chaque parcelle permet de connecter le raccord mâle relié à l’abreuvoir portatif. Ainsi, où qu’elles soient, les vaches et leurs veaux ont toujours accès à de l’eau fraîche. « Ça répartit le dépôt de fumier dans les pâturages et c’est simple », résume Walter Last. Ce raccord de marque Plasson a été acheté chez Industries Harnois de Saint-Thomas-de-Joliette.

D’autres avantages font pencher Hubert McClelland et le couple Last-Villeneuve vers les pâturages. Au plan nutritionnel, les pâturages ont un ratio oméga 3/ oméga 6 plus élevé et donc meilleur pour la santé des humains qui mangent le boeuf produit. Les veaux nés en mai et sevrés en décembre sont finis à l’herbe chez un autre producteur le printemps suivant. Ils obtiennent un bon gain pour des veaux finis à l’herbe, soit 2,456 lb/jour/veau. Selon Hubert McClelland, les veaux ainsi finis produisent moins de CO2.

Hubert McClelland renchérit : « Il faut favoriser les pâturages au bénéfice de tout le monde », insiste Hubert McClelland. Les solutions les plus économiques sont souvent les meilleures. En production vache-veau, les pâturages en sont le parfait exemple.

Encadré : Mentor en pâturages
Convaincu des bienfaits des pâturages, Walter Last est devenu un mentor pour d’autres producteurs bovins. « Ça prend du temps pour apprendre à faire des pâturages », explique-t-il. Le mentor répond aux producteurs qui veulent apprendre à faire des pâturages selon les règles de l’art. « Le programme de mentorat a été développé en Alberta en 2004, mais c’est seulement en 2006 que j’ai été approché pour monter un programme pour le Québec », explique l’agronome Hubert McClelland. J’ai choisi Walter Last et un autre producteur de l’Outaouais, un en Abitibi et un en Estrie. » Un support financier d’Agriculture et Agroalimentaire Canada a été octroyé jusqu’en avril 2009. Par la suite, le projet a été suspendu.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Retraité, l’agronome Hubert McClelland (à gauche) offre toujours son expertise en gestion des pâturages à des producteurs bovins de sa région et des producteurs laitiers de l’Est de l’Ontario. Walter Last (à droite) est, selon lui, un exemple à suivre sur ce plan.
2. Dans les champs plus éloignés, un panneau solaire produit l’énergie pour pomper l’eau du ruisseau et l’apporter à l’abreuvoir. Ce panneau a coûté 2200 $ et était en partie subventionné par le programme Prime-Vert du MAPAQ.

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