Passeriez-vous l’examen de biosécurité ?

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Une étudiante au doctorat en médecine vétérinaire a évalué le respect des règles de biosécurité à l’entrée des poulaillers québécois. Résultat : la très grande majorité des participants ont échoué à l’examen. Maintenant, comment s’assurer que les règles soient observées à l’avenir ?
par Marie-Josée Parent, agronome

Un grand nombre de fermes avicoles disposent de règles de biosécurité à observer lors de l’entrée dans les poulaillers, mais très peu d’entre elles les respectent ou les font respecter. Dans son projet de doctorat, Manon Racicot a relevé 75 erreurs différentes commises par les propriétaires de 24 fermes, leurs employés ou leurs visiteurs. Une moyenne de trois erreurs et un maximum de 14 erreurs par personne par visite ont été notés. Seulement 12 des 259 participants n’ont fait aucune erreur lors de toutes leurs visites.

« Pour nous, ce n’est pas une nouvelle », explique le professeur Jean-Pierre Vaillancourt, directeur du Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. Superviseur du projet de Manon Racicot, Jean-Pierre Vaillancourt possède une vaste expertise dans le domaine. « Ça fait 18 ans que je fais de la recherche dans le domaine. Je le savais déjà. Notre enjeu est de savoir quel est le type d’observance. Nous voulons être en mode solution. » Le chercheur ajoute que le manque d’observance des règles de biosécurité n’est pas unique au Québec. La preuve, des chercheurs et des intervenants du monde entier s’intéressent au projet de Manon Racicot.

L’étude visait à vérifier l’impact des audits et des caméras visibles sur l’observance des règles de biosécurité. Les fermes étaient répertoriées en trois groupes. Toutes les fermes avaient une affiche avec les mesures de biosécurité à respecter. Les fermes témoins n’étaient pas auditées et n’avaient pas de caméra visible. Les deux autres groupes étaient soit des fermes auditées trois fois en six mois, soit des fermes dotées de caméras visibles hors fonction. Dans ces deux groupes, des affiches sur les stratégies testées étaient bien en vue. Toutes les fermes étaient dotées de caméras cachées à l’entrée des bâtiments pour deux séquences de deux semaines.

Manque de compréhension
Pour Manon Racicot, les premiers résultats de son étude démontrent qu’il y a un manque de compréhension en matière de biosécurité. « La durée des visites est fortement corrélée avec l’observance, dit-elle. Or, la biosécurité ne dépend pas du temps. » Plus la visite est courte, moins les chances de changer les bottes sont grandes. « Les oiseaux sont élevés au sol, explique Manon Racicot. Les bottes, c’est le mode de transmission de maladie le plus direct. »

L’autre problématique est liée à un manque de communication au sein de l’entreprise. Par exemple, seulement trois des 24 fermes participantes à l’étude, soit les fermes de reproducteurs, affichaient leurs recommandations à l’entrée. Comment s’assurer que les règles de biosécurité soient respectées de ses employés et de ses visiteurs si elles ne sont pas communiquées efficacement ?

La troisième problématique notée par Manon Racicot est l’infrastructure de la bâtisse. Parfois, la zone contaminée, soit celle permettant aux employés et visiteurs d’entrer avant de changer les bottes, est si petite qu’il est difficile pour les participants de la respecter. En quatrième lieu, la dimension humaine est une problématique importante. Certaines personnes sont naturellement plus sensibles aux éléments de biosécurité que d’autres. Pour évaluer cet aspect, un psychologue spécialisé en embauche de personnel s’est joint à l’équipe de recherche.

D’autres résultats à venir
Bien que l’étude soit terminée, beaucoup de résultats restent à compiler, notamment en ce qui a trait à l’impact de la personnalité sur l’observance. Il est toutefois déjà possible de constater l’effet des audits et des caméras visibles. À court terme, les caméras ont eu plus d’impact que les audits, mais après un certain temps, l’effet a diminué. « C’est ce que le psychologue industriel nous avait dit : “Les gens vont finir par oublier la caméra” », explique Manon Racicot.

Manon Racicot commence déjà à entrevoir les recommandations qui en découleront, notamment la formation pratique et continue des employés. L’aménagement des entrées sera repensé. L’utilisation des audits et des caméras sera évaluée en terme de retour sur l’investissement. Une suite sur l’efficacité de divers modes de lavage des mains est en préparation.

Les trois erreurs les plus fréquentes

Rang Erreurs Pourcentage de visites erronées
Contrôle Audit Caméra
Court terme Moyen terme Court terme Moyen terme Court terme Moyen terme
1 Ignorer la séparation entre les zones contaminées et propres 61,5 % 73,1 % 41,9 % 51,6 % 12,7 % 22,7 %
2 Ne pas porter ou ne pas changer de bottes 51,4 % 61,1 % 28,3 % 42,9 % 6,4 % 27,4 %
3 Ne pas laver les mains ou ne pas porter de gants 64,2 % 90,4 % 80,3 % 40,8 % 42,9 % 57,6 %

Encadré : Exigences pour faire partie de l’étude

  1. Avoir un minimum de quatre poulaillers sur le site.
  2. Avoir au moins un employé.
  3. Avoir un protocole de biosécurité en place.

Le projet de doctorat de Manon Racicot a été financé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, l’Université de Montréal, l’Évaluation personnel sélection international (EPSI) et les Rôtisseries St-Hubert.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Dans le groupe contrôle, en début d’essai, 267 des 434 personnes qui, selon les consignes de la ferme, devaient respecter les zones propres et contaminées les ont ignorées. Lors de la deuxième évaluation six mois plus tard, 328 des 449 personnes les ont ignorées. C’est 62 % d’entre elles dans un premier temps et 73 % dans un second temps. Il s’agit de l’erreur la plus fréquente commise par les participants au projet de doctorat de Manon Racicot.
2. Dans le groupe contrôle, plus de 50 % des personnes ayant pris part au projet ne portaient pas de bottes de plastique sur leurs chaussures ou n’ont pas changé de bottes pour porter celles de la ferme, malgré les exigences de l’entreprise, soit 223 sur 434 au début de l’essai (51 %) et 274 sur 449 après six mois (61 %).
3. Toujours dans le groupe témoin, 174 des 271 personnes qui devaient laver leurs mains ou porter des gants ne l’ont pas fait en début d’essai. C’est 64 % des participants. Six mois plus tard, c’est 254 des 281 personnes qui ne l’ont pas fait, soit 90 % des participants.

à propos de l'auteur

Commentaires