Testez votre vulnérabilité au SRRP

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Le logiciel PADRAP permet à une ferme porcine de mieux connaître ses facteurs de risques liés à la maladie la plus coûteuse de l’industrie, le SRRP. Il permet aussi à l’entreprise de se comparer avec une banque de fermes nord-américaines.
par Marie-Josée Parent, agronome

Lorsqu’en 2008, le Centre de développement du porc (CDPQ) et des vétérinaires consultants ont entrepris un projet de vaccination régionale contre le syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP) en Beauce, ils devaient s’assurer que le groupe vacciné et le groupe non vacciné avaient des facteurs de risques comparables. Au même moment, le CDPQ avait comme mandat de tester un outil développé aux États-Unis depuis peu, le PADRAP.

Or, c’est justement le rôle de ce logiciel d’évaluer les facteurs de risques d’une ferme et de les comparer à une base de données qui grossit au fil du temps. C’est ainsi que les 36 fermes du projet de la Beauce ont servi de base à l’évaluation du PADRAP au Québec. La tâche était cependant ardue. Lancé aux États-Unis en 2007, le logiciel du Production Animal Disease Risk Assessment Program (PADRAP), ou si vous préférez le Programme d’évaluation des risques de maladies en production animale, n’était jusqu’alors disponible qu’en anglais. Il a donc fallu traduire le sondage de plus de 100 questions.

« Quoiqu’il donne un portrait assez complet pour le SRRP, le questionnaire est long à compléter », constate la chargée de projet Lilly Urizar du CDPQ. Pour contourner cet obstacle, le questionnaire traduit a été organisé pour que le vétérinaire, le producteur, le transporteur et le centre d’insémination complètent les questions qui les concernent. Le rapport, produit directement par l’Université de l’Iowa, était cependant en anglais. Les données du rapport ont permis de faire ressortir une tendance régionale. Un graphique comportant quatre quadrants permet de situer les fermes du projet parmi toute la base de données du PADRAP (voir Graphique 1).

Le CDPQ a ensuite comparé les facteurs de risques des différentes entreprises à l’étude pour les situer en ordre d’importance. Ainsi, la présence de sites porcins et de routes à proximité est ressortie comme le plus important facteur de risques (voir Graphique 2, p. 27). Le transport, les menaces sanitaires à proximité et l’introduction d’animaux de remplacement viennent ensuite.

Graphique 1 : du PADRAP illustrant les facteurs de risques
Voici un élément central du rapport du PADRAP. Chaque point représente un site. Les points rouges sont les fermes québécoises du projet du CDPQ. L’ensemble des points représente tous les sites porcins présents dans la base de données du PADRAP. Les points localisés à droite de la ligne verticale grise représentent les sites ayant un haut risque en termes de facteurs internes (circulation de virus du SRRP déjà présents dans l’élevage). Les points situés en haut de la ligne horizontale grise ont un haut risque en termes de facteurs externes (introduction de nouvelles souches du virus du SRRP dans l’élevage).

Outil utile
Les vétérinaires apprécient l’outil. « C’est très intéressant », explique la vétérinaire Julie Ménard, à l’emploi du producteur de porcs F. Ménard. Un site de cette entreprise montérégienne fait partie des quatre fermes qui ont testé le PADRAP. Le logiciel lui a permis de regarder tous les facteurs de risques. « Comme vétérinaire, nous avons tendance à nous concentrer sur un aspect et nous oublions les autres. » Julie Ménard cite en exemple le transport. Il y a une dizaine d’années, elle a beaucoup travaillé sur ce point. Avec le PADRAP, elle s’est rendu compte que certains aspects du transport pouvaient être améliorés.

Vétérinaire au CDPQ, Réal Boutin l’a testé chez quelques clients. « Ça permet d’évaluer les points faibles, mais on ne peut pas corriger toutes les faiblesses », dit-il en citant l’emplacement qui ne peut pas changer. « Ça permet de cibler les choses à faire et de fixer des priorités », ajoute-t-il. Ainsi, la douche peut être présente, mais mal utilisée. Le PADRAP donne un tour d’horizon complet de la biosécurité en fonction du SRRP, mais Réal Boutin insiste sur l’importance de ne cibler que deux ou trois points à améliorer à la fois.

Le vétérinaire Martin Bonneau, de la Clinique Demeter, collabore avec huit autres vétérinaires consultants et le CDPQ dans le cadre du projet de vaccination régional. « C’est une des seules façons de comparer les fermes entre elles, dit-il. Souvent, comme vétérinaire, nous faisons des audits, mais ça ne nous permet pas de comparer les fermes. »

Mais…
Le PADRAP a ses limites. « Ce sont des questionnaires qui s’appliquent à des fermes classiques, mais pas à nous », explique la responsable technique et génétique chez Pen Ar Lan, Hélène Michel. Spécialisée en génétique porcine, la compagnie Pen Ar Lan l’a utilisé sur deux sites, un sélectionneur et un multiplicateur. « Notre but était de mettre à l’épreuve nos protocoles de biosécurité », explique Hélène Michel. Les questions relatives à l’achat des cochettes et l’envoi des porcs à l’abattoir n’étaient pas à propos, car l’entreprise élève ses cochettes et n’envoie pas ses porcs à l’abattoir.

La longueur du questionnaire en rebute plus d’un. « Ça prend trois ou quatre heures par questionnaire, estime la responsable technique et génétique chez Pen Ar Lan, Hélène Michel. Moi, j’ai rempli tout ce que je pouvais et ça m’a pris deux heures avec le producteur. » Pour cette raison, Réal Boutin explique que ce sont les entreprises qui ont le plus grand intérêt dans la biosécurité qui l’utiliseront.

Hélène Michel aimerait que le rapport soit plus explicite. S’il cible le désinfectant comme point à remettre en question, il faudrait y voir aussi des conseils et des suggestions pour améliorer la situation. « L’outil a de l’avenir s’il est plus détaillé dans les solutions à mettre en place », dit-elle.

Le PADRAP est en cours d’amélioration. Une nouvelle version devrait déjà être disponible au moment où vous lisez ces lignes. Cependant, il s’agit toujours de la version américaine anglophone. Un groupe canadien travaille à la mise sur pied d’une version canadienne qui correspondrait davantage au mode de production d’ici (voir encadré PADRAP canadien). Ainsi, le PADRAP a son utilité, mais à l’instar de sa banque de données, il se bonifiera avec le temps.

Graphique 2: Indice global des principales catégories problématiques de facteurs de risques (Fr) pour les fermes du Québec.

PADRAP canadien
L’Ontario Swine Health Advisory Board (OSHAB), un organisme ontarien à but non lucratif qui conseille en santé porcine, mène jusqu’au printemps prochain un projet de production d’une version canadienne du PADRAP. Des questions seront adaptées pour correspondre à la réalité du pays. « Par exemple, nous avons plus de troupeaux fermés au Canada qu’ils en ont aux États-Unis », explique la directrice générale de l’OSHAB, Lori Moser. D’autres questions seront ajoutées pour que le PADRAP tienne compte des nouveaux standards canadiens de biosécurité en cour de développement par le Conseil canadien de la santé porcine. Le rapport comportera aussi trois pages supplémentaires dont le but est de rendre le rapport plus simple et plus interactif. Quinze fermes prennent part au projet. Lorsqu’il sera final, le PADRAP canadien sera administré par l’Université de l’Iowa, comme c’est le cas actuellement pour la version nord-américaine. Deux versions canadiennes seront disponibles, une en anglais et l’autre en français. Lien : www.padrap.org (en anglais)

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Le transport est le deuxième plus important facteur de risques.

à propos de l'auteur

Commentaires