Et El Nino fût… vraiment?

Comme chaque année, à l’approche du début d’une nouvelle saison, l’attention des marchés se tourne vers ce que ce devrait d’être les conditions météo au cours des prochains mois. Pas surprenant sachant combien en bout de course, c’est sans aucun doute la météo qui est l’éléphant dans la pièce quand vient le temps d’essayer d’entrevoir ce que seront les prochaines récoltes et surtout, les prix des grains qui s’en suivront.

Moi le premier, avec le début des ensemencements américains d’ici 2-3 semaines, je commence à scruter de plus en plus les cartes et sites météo en quête d’informations pour m’éclairer un peu. Après tout, si quelque chose de majeur survient dans les prochains mois, les prix des grains ont toutes les chances de bondir, et je ne voudrais être le dernier à être au courant…

Le hic? À ce moment-ci, les informations disponibles sont pour ainsi bien-dire aussi solides sur patte qu’un enfant qui commence à peine à marcher. Bien possible qu’il traverse la pièce, mais on ne reste jamais bien loin au cas où.

Donc, on peut bien essayer de se faire une idée de ce que sera la météo, mais on est mieux de ne pas rester trop loin de nos cartes et prévisions météo dans les prochaines semaines, car elles peuvent changer en un tour de main sans préavis.

Et que dit-elle, cette météo pour débuter la saison aux États-Unis?

À en croire les prévisions actuelles, pas grand-chose. On parle surtout de températures qui seront anormalement chaudes pour pratiquement l’ensemble du Midwest et des Plaines américaines, avec des précipitations dans la normale. Jusqu’à tout récemment, certaines inquiétudes ont fait surface à l’idée de condition trop sèche dans les régions davantage vers le sud et l’ouest. Par contre, de bonnes précipitations prévues dans les 2 prochaines semaines devraient terminer d’assurer de bonnes réserves d’eau dans la plupart d’entre-elles.

S’il y a toutefois une région à surveiller davantage, ce sera la portion plus au sud des Plaines américaines (région Texas, Kansas, Oklahoma) où la sècheresse s’étend actuellement. Et il n’est pas encore sûr que des averses suffisantes assureront un retour à la normale.

Certains pourraient être ici tentés de faire un parallèle avec l’année de la sècheresse historique de 2012. Mais ce serait plutôt une comparaison ardue à ce stade-ci. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil et comparer les zones asséchées au début mars 2012 versus le début mars de cette année pour constater rapidement qu’on ne parle pas du tout de la même chose pour l’instant (voir image ci-joint).

Enfin, c’est pratiquement devenu un incontournable dans les dernières années, mais on ne peut parler de prévision météo sans parler El Nino et La Nina.

De ce côté, on ne peut passer sous silence le fait que si nous étions jusqu’à tout récemment en phase « La Nina », le vent semble vouloir maintenant tourner. Rappelons qu’en principe, lorsque le phénomène météo La Nina se poursuit pendant la saison estivale, il propose plus de « possibilités », bien qu’aucune certitude, que des conditions trop sèches affecteront les cultures aux États-Unis.

Mais, dossier réglé, il semble que ce ne sera pas le cas cette année alors que l’indice ENSO (El Niño Southern Oscillation) utilisé pour établir le jeu de yoyo entre phase El Nino et phase El Nina est passé au neutre.

Certains analystes et météorologistes ont dernièrement profité de l’occasion pour y voir matière à entrevoir maintenant le retour d’El Nino cette année. Comme le souligne cependant le météorologue Drew Lerner de World Weather inc, il est très téméraire d’envisager une telle possibilité à ce moment-ci.

Les phénomènes El Nino et La Nina sont généralement « lents » à prendre forme tout comme le sont leurs répercussions. Ce fût d’ailleurs le cas l’an dernier alors que plusieurs parlaient à ce moment-ci de l’arrivée imminente de La Nina pour l’été. Ce ne fût pas le cas. Dans ce même ordre d’idée, il serait donc surprenant qu’en l’espace de 2 à 4 mois, El Nino puisse frapper de plein fouet pendant la pleine saison estivale.

Ainsi, à l’approche du début de saison aux États-Unis, nous n’avons finalement pas beaucoup d’informations pour le moment pour nous indiquer de quel côté penchera Dame Nature au printemps et à l’été prochain. Par contre, à moins d’une année bien particulière, il y aura sans aucun doute de la nervosité et des imprévus météo dans l’air comme chaque année. Il faudra alors être bien attentif aux opportunités de marché qui se présenteront.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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