Ah! la météo…

Ça y est, c’est parti! Après des semaines d’attente, le rallye du printemps (pratiquement de début d’été) est arrivé. La météo est incertaine et les marchés s’emballent. Enfin, les prix des grains décollent… mais la machine à rumeur aussi!

Je suis le premier à rester à l’affut du moindre signe qu’il y a un problème météo. Jour après jour, comme tous ceux qui surveillent les marchés, je reste attentif aux commentaires et observations. Un peu sec par ici, trop chaud par là, une inondation dans telle région, etc.. Après tout, s’il y a bien quelque chose qui peut faire grimper les prix, surtout à ce moment-ci de la saison, c’est la météo.

Là où je décroche, c’est quand les rumeurs prennent le dessus. En l’espace de quelques jours, ça y est, c’est trop chaud et il y a des problèmes. Les analystes et spécialistes s’activent.

« M. X de la firme Y confirme : la prévision dit que ce sera très (trop) chaud en juillet; prix cible 4,50 et peut-être même 5,00 $US/boisseau (240-260 $ CAN/tonne). »

« Mme Z, analyste en chef de Prometeo W le confirme, selon leur modèle prévisionniste, El Nino arrive et ce sera excessivement chaud. »

Ce qui est curieux, c’est qu’une semaine avant, d’autres analystes tout aussi crédibles n’hésitaient pas à parler que les prix seraient encore décevants pour plusieurs mois avec toutes les meilleures raisons pour le justifier. Allez comprendre…

Il y a aussi les réseaux sociaux et les coups de téléphone.

Dans le premier cas, sur Twitter par exemple, nous aurons droit à quelques photos de jeunes plants de maïs desséché et jauni avec un sol craquelé. Bingo, le tour est joué. Une vague de retweet, et c’est tout dit : « Je l’ai vu de mes yeux sur Twitter, le Midwest est trop chaud et sec, les récoltes sont perdues.»

Dans le second, il y a aussi le coup du beau-frère qui connaît un voisin dont la sœur a été en visite chez l’oncle qui est cousin d’un gros producteur du Midwest : « Oui oui, je te le dis, le gars a tout perdu son maïs… »

Bien sûr, j’exagère. Mais, au cours de ma carrière, je ne compte plus le nombre de fois que j’ai entendu des gens me raconter qu’il connaissait quelqu’un qui avait été dans le Midwest et l’avait vu. Est-ce que c’est une mauvaise information? Pas nécessairement. Par contre, il faut y mettre un bémol et prendre du recul.

Si on se concentre uniquement sur les principales régions de production au Québec, on constate chaque année des différences importantes de l’une à l’autre concernant l’état des cultures et les conditions des sols. Imaginez maintenant le Midwest américain…

Qu’on se comprenne bien. Je n’ai rien contre le raz-de-marée d’informations qui nous inonde et je suis le premier à m’en gaver. Ça fait partie du processus de suivi des marchés et ça reste l’un des nerfs de la guerre lorsque vient le temps de se fixer des objectifs de vente.

Par contre, peut-être par nature, je reste toujours très sceptique et critique sur l’information que j’entends. Dans les marchés, tout est possible. Celui qui dit que le prix du maïs grimpera à 4,50-5,00 $US/boisseau à Chicago peut très bien viser dans le mille. Le hic, c’est qu’il s’agit d’un marché de météo.

Nous avons des difficultés à prévoir la météo sur un horizon de plus de quelques jours, au mieux quelques semaines. Les producteurs sont au 1er rang pour le savoir mieux que quiconque. Je trouve alors toujours curieux que des analystes se mouillent sur la prémisse que la météo restera mauvaise…

En attendant, j’ai un air de déjà vu. Je me rappelle entre autres l’an dernier, pratiquement à la même période. Nous pourrions faire un copier/coller des scénarios : « Ce sera trop chaud et sec » Ah oui? Et dire que 2 à 3 mois plus tard à la récolte, les producteurs américains ont obtenu de nouveaux rendements record dans le maïs, le soya et le blé… Maintenant, est-ce que 2017 sera une année d’exception comme 2012? Possible. Sauf qu’à défaut de prévoir, il reste toujours avisé de prendre du recul, de rester bien informé, et de séparer le bon grain de l’ivraie.

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Petite note à cette chronique. Depuis des semaines, j’estime que les marchés du maïs et du blé étaient spécialement mûrs pour un bon rebond. Les facteurs dans mon équation étaient nombreux à me le laisser le croire. Dans ce même ordre d’idée, je demeure confiant que les prix pourraient encore grimper davantage. Toutefois, par nature, je reste prudent. Peut-être trop, aux yeux de certains qui sont plus « spéculateur » dans leur vision des marchés.

Ce qui m’inquiète est que s’il est tout à fait justifié que nous constations un rebond/rallye et qu’on ne sait pas jusqu’où il pourrait nous propulser, il reste encore plusieurs éléments qui pourraient très bien aussi le freiner d’un coup sec. Après seulement quelques jours d’inquiétudes météo en raison de températures trop chaudes aux États-Unis, il m’apparaît encore prématuré d’envisager déjà un scénario exceptionnel pour les prix des grains dans les prochaines semaines, même si je le souhaite pour les producteurs vendeurs de grains.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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