Agriculture compliquée

Le nombre de fois où on mentionne : touche pas à ça! Tu mets la main carrément dans un nid de guêpes!

Il y a quelques années, je termine une de mes présentations. Je suis content du résultat et quelqu’un que je ne connais pas s’approche de moi et me serre la main en se présentant. Il me dit : « Vous avez mis DTA derrière votre nom. Faites attention si vous n’êtes pas membre en règle, vous pourriez être mis à l’amende. »

Ayoye! Ça défrise! Moi qui pensais qu’il voulait me féliciter. Hein? Je reste poli, mais au fond je me dis : c’est quoi ton problème? T’as pas autre chose à faire? « Écoutez bien, on m’a demandé de décrire mon parcours. J’ai mentionné que j’étais passé par l’ITA. J’ai obtenu un diplôme en technologie agricole, donc ils ont ajouté DTA derrière mon nom. Aussi simple que ça! »

En fait, j’imagine que je serais probablement beaucoup plus crédible si je payais une certaine cotisation. Ça me chatouille toujours quand on accepte certains documents à condition seulement que ce soit signé par un agronome. Pas que je sois contre, mais avouez que pour bien des choses, on pourrait reconnaître la démarche et les compétences.

J’ai suivi une formation, je suis diplômé, j’ai monté une approche agronomique documentée. À la fin, je dois le faire approuver par un AGR. Si je veux obtenir un rabais d’intérêt sur un projet de drainage, je dois payer une firme reconnue pour produire un budget partiel afin de répondre aux exigences de ce programme précis, alors que pour un autre projet, mon propre budget partiel suffit.

Bizarre, pas assez compétent pour un et assez pour l’autre. Le conseiller avec qui on discute n’y peut rien et n’ose pas trop critiquer. Il nous indique que ça fait partie des directives. En fait, on peut en entendre un peu plus quand on est dans le champ hors des murs protégés. Le nombre de fois où on mentionne : touche pas à ça! Tu mets la main carrément dans un nid de guêpes!

Comment ça? On a fait nos représentations, mais on attend que ça change. Cibole, c’est compliqué vos affaires. On se croirait dans un épisode d’Harry Potter où on ne doit pas nommer « celuidont-on-nedoitprononcer-le-nom au plus fort de sa puissance ». Ça vire en farce et on comprend très bien qu’on doit respecter l’éthique de chaque ordre professionnel.

Bizarre quand même qu’il y ait un si grand décalage entre le dévouement et la compréhension des agronomes qui tournent autour de nous et le détachement qu’on ressent face aux directives. Celles-ci nous paraissent bien lointaines et déconnectées de ce qu’on vit dans le champ.

Nous voilà au colloque santé des sols et on apprend que deux de nos conférenciers ont dû annuler leur précieuse présentation parce qu’ils sont mis en veilleuse. Disons dans les limbes et on ne sait pas pourquoi. Le présentateur enlève son veston et mentionne très bien qu’il le fait en son nom personnel et ne veux surtout pas qu’il y ait des répercussions négatives sur son organisation. Il évite évidemment de nommer celui dont on ne doit pas prononcer le nom!

Hey, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond! Ça pourrait servir de scénario pour quelques épisodes de district 31! Quand c’est rendu qu’on a peur de dénoncer une irrégularité par crainte de subir des conséquences. Résultat : on se voit privé de cerveaux agricoles reconnus. Je m’en fous des chicanes et des guerres de clocher interprofessionnel, mais je veux apprendre et avancer. Qu’on soit d’accord ou pas avec leurs propos, on n’a pas les moyens de se passer de leur vaste expérience en recherche. Qu’on arrête la censure! C’est toujours bon de se faire brasser les puces. On a besoin de nos agronomes sur le terrain, c’est là que ça se passe! Profession agriculteur.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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