Bonne nouvelle : le prix des terres est à la hausse

J’ai l’impression que plus le prix des terres monte, plus je me retrouve dans un système que je n’ai pas choisi

On n’a pas le choix, faut acheter!  C’est un slogan assez généralisé dans notre profession.

Je suis toujours surpris de voir l’importance qu’on accorde à l’évolution du prix des terres. On en fait même une évaluation chaque trimestre.  Chaque fois, depuis à peu près 35 ans, le constat final est le même : ça monte constamment année après année. Signe que l’agriculture va très bien. Bravo!  Ça va tellement bien que notre secteur de profession a le plus haut taux de détresse psychologique, on se retrouve endetté, et on porte plus attention à notre valeur au livre qu’à ce qu’on produit réellement dans le champ.

On se rappelle nos souvenirs, car on sent qu’on n’a peut-être pas l’avenir qu’on pensait. On se préoccupe de la valeur du bien gagner au lieu du bien nourrir. Je dirais qu’en général on aime trop la terre et on est prêt à y mettre le prix et les sacrifices quitte à débourser pendant plusieurs années avant de sortir nos premières cennes. Mais on n’a pas le choix, faut acheter!  C’est un slogan assez généralisé dans notre profession. « Paul, si tu n’agrandis pas, tu régresses. » Ah ouin! Pourtant nos revenus montent, nos rendements montent et on nourri plus de gens. Non, non, avec le coût des équipements d’aujourd’hui ça en prend grand si tu veux rentabiliser. On m’a même suggéré poliment que je manquais d’ambition et de vision. N’en fallait pas plus pour ouvrir la porte au portefeuille financier et d’investir dans les terres comme placement en capital patient. Ils n’ont  pas les mêmes objectifs et on se retrouve à compétitionner des fonds aux poches profondes qui possèdent le capital et qui laissent travailler l’agriculteur qui se retrouve à supporter tous les risques d’exploitation qui augmentent constamment.

Pourtant, Il fut un temps où on pouvait acheter des terres et les rentabiliser avec un bon plan d’affaires et une bonne gestion serrée. Malgré tout ça, les financiers étaient frileux. On a dû en faire des budgets de trésorerie aux trois mois. Commencer des saisons avec un ratio fonds de roulement en bas de 1. J’ai vécu l’impact que ça peut avoir sur l’obligation de scorer et sortir des tonnes, coûte que coûte, comme s’il n’y avait pas de lendemain.

À 57 ans, je me retrouve enfin où je voulais être quand j’ai commencé. Être agriculteur et pouvoir être libre de mes actions aux champs. Développer et innover pour mieux nourrir nos gens. Mais j’ai l’impression que plus le prix des terres monte, plus je me retrouve dans un système que je n’ai pas choisi. Au fur et à mesure que nos paiements de dettes baissent je dois payer des assurances vie pour protéger mon capital. En même temps, je réalise que je peux toujours briser mon petit cochon et acheter une terre hors de prix. Ça peut satisfaire mon égo, mais au final, plus je grossis mon endettement en capital plus le futur transfert de ma ferme en sera hypothéqué.  Je l’ai fais le calcul. Est-ce que je peux m’acheter moi-même au prix actuel des terres au complet? Non. Ce qui  veut dire que je ferais plus de $ à tout vendre que de cultiver. Quand même spécial, faire moins de cash pour le plaisir de travailler. Alors, comment faire pour transférer? Hey! Lâchez-moi les partenariats, les bébelles de notaire et de comptable. J’ai voulu devenir agriculteur pour avoir la liberté de mes gestes. Travailler en famille sur un objectif commun. Certainement pas pour devenir un spéculateur immobilier.

En fait, il y avait moins de problèmes quand nos terres ne valaient rien! Elles se transféraient au plus travaillant de la gang, comme un lègue de profession. Il me semble qu’on devrait avoir encore la possibilité de faire ça aujourd’hui. Faut trouver une solution si on veut de jeunes agriculteurs autonomes. C’est pas normal que maintenant que notre ferme performe et que nos obligations financières diminues je sois obligé de transférer à un certain prix, à ma possible relève, si je ne veux pas me ramasser dans la rue pour satisfaire l’impôt sur des gains en capital artificiel sur lesquels je n’ai aucun contrôle et encore moins d’avantages économiques, sauf si je passe en mode liquidation. Si on liquide, qui aura les moyens de nous acheter en entier? Quelqu’un avec les poches très profondes. Donc, si je veux transférer notre façon de voir et de vivre notre agriculture, je devrai trouver une autre solution. Sinon notre relève aura l’obligation de reprendre le cycle infernal de remboursement de la dette à tout prix. Je ne lui souhaite pas ça. Profession Agriculteur. 

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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