Curieux de printemps

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Il n’y a pas à dire, s’il est vrai que pour débuter la saison et les ensemencements, ce printemps est hors-norme, côté marché des grains, il ne donne pas sa place non plus. Je suis peut-être un peu trop prématuré et expéditif dans mes attentes, mais je trouve que les marchés ont encore un peu trop de plomb dans l’aile.

On sait d’entrée de jeu qu’il est assez typique d’observer un rallye des prix au printemps. Ceci est particulièrement vrai du côté de la bourse à Chicago, assez pour qu’on parle d’une tendance saisonnière qui propose généralement une progression qui s’amorce en avril/mai pour ensuite culminer en juin/début juillet.

Cette année, ce qui m’apparaît « curieux » est de voir les conditions de début de saison aux États-Unis excessivement humides dans plusieurs régions sans pour autant que les marchés ne semblent s’en formaliser outre mesure. Ainsi, jour après jour, semaine après semaine, je regarde les cartes météo qui présentent des précipitations à répétition, et même de la neige. Mais non, en dehors de quelques soubresauts prometteurs, les prix restent pratiquement de marbre.

Comment expliquer cette situation?

D’une part, il est vrai que même avec ces conditions humides, le retard dans les ensemencements américains n’aura pas été jusqu’ici excessivement important. L’exception à la règle est les ensemencements de blé de printemps. Sauf que la part du lion de la production américaine de blé en est d’hiver, ce qui vient calmer le jeu un peu.

On sait aussi que c’est surtout autour de la mi-mai que les producteurs américains ont pour habitude de faire progresser le plus leurs ensemencements. Or, bien qu’elle ne soit pas parfaite, il faut reconnaître que la météo a été dans les derniers jours un peu plus clémente; les prochains jours proposant encore aussi un répit.

Bref, oui la météo est loin d’être exceptionnelle du côté américain, mais il semble que les marchés jugent à ce stade-ci qu’elle aura été assez adéquate pour éviter des retards et des problèmes (changement maïs au soya, baisse de rendement à prévoir). À suivre de ce côté…

D’autre part, cette semaine, le USDA a présenté son rapport mensuel d’offre et demande de grains. Les nouveaux chiffres présentés sont d’autant intéressants qu’ils proposent pour la première fois un aperçu de ce que ce devrait d’être les bilans d’offre et demande de grains pour l’an prochain (2017-18).

De ce rapport, la bonne nouvelle est que dans l’ensemble, après plusieurs années à gonfler, la disponibilité de grains plafonne, voir recule dans plusieurs cas, et ce, autant du côté des États-Unis que dans le monde. C’est dire qu’en principe, les prix des grains devraient « enfin » s’appuyer maintenant sur des bases plus solides et éviter de nouveaux reculs importants.

L’anguille sous roche… S’il est vrai qu’on peut entrevoir un resserrement de la disponibilité de grains pour la prochaine année, dans les faits celle-ci reste à des niveaux historiquement élevés. C’est le cas autant pour le maïs que le soya et le blé. Autrement dit, de manière générale, ce n’est pas encore demain la veille que les consommateurs seront forcer d’offrir des prix beaucoup plus élevés afin d’assurer leur approvisionnement.

En sommes, nous nous retrouvons donc pour l’instant dans une situation où, d’un côté, les prochaines récoltes américaines ne sont pas encore « vraiment » mises à mal.  De l’autre, même si les récoltes américaines étaient un peu plus décevantes que prévu, les stocks de grains américains et mondiaux importants de cette année et ceux encore très confortables envisagés pour l’an prochain pèsent lourd sur les prix. Enfin, c’est en apparence ce que semblent en juger les marchés, avec des prix qui peinent toujours à gagner du terrain.

Il reste maintenant à voir s’ils resteront encore insensibles dans les prochaines semaines advenant que les conditions météo aux États-Unis se détériorent de nouveau. Au moment d’écrire ces lignes, je regarde les prévisions, et un retour à des précipitations au-dessus des normales se profile à l’horizon. À suivre…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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