Grisaille!

On veut de la biodiversité, mais on ne la paye pas !

Le terrain commence tout juste à grisonner un peu et revoilà une nouvelle pluie. Je dis toujours que j’ai appris à ne pas m’énerver avec les dates. Non, non, ça ne me stresse pas! Verbalement c’est facile à dire. Je peux aussi le cacher de l’extérieur, mais au fond, en dedans…je suis en mode ajustement et mon cerveau se concentre plutôt sur les solutions que j’aurai à mettre en place pour m’adapter en fonction de ce qui se passe sur le terrain.

Au final, ça va me demander plus de travail. Parlons-en du travail. Se lever très, très tôt avant le soleil pour avancer dans nos travaux avant la pluie. La journée qui s’étire plus que prévue, nous voilà à l’autre bout du spectre de la journée et à se sentir coupable de sortir du champ. Je donne tu un coup? Je l’ai fait tellement souvent plus jeune quand je me défiais à faire des 24-48 heures en ligne. Ma blonde qui me mettait en garde. « Attention à ta santé! » J’ai fait à ma tête trop souvent avec les risques que ça pouvait apporter. Aujourd’hui, je suis plus sage, ou j’ai réalisé que mon corps et mon esprit avaient besoin de sommeil à l’occasion.

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Je termine ma journée écourtée en consultant le comportement du CME. Aussi gris que notre météo. 2008-2010 me reviennent en tête. Je me rappelle de la sortie de certains de nos transformateurs qui expliquaient à nos consommateurs qu’ils n’avaient pas le choix d’augmenter le prix de leur pain et autres produits suite aux hausses inacceptables du prix des grains. Rapidement les lignes ouvertes et les médias sociaux se sont enflammés en dénonçant l’illogisme de la situation. Hey! le prix du panier d’épicerie montait en flèche. La situation s’est rétablie par la suite. Et depuis plusieurs mois déjà le CME s’écrase. Bizarre, je n’ai vu aucun transformateur ou fabricant d’aliments annoncer de bons spéciaux à offrir à nos consommateurs dû à un prix ridiculement bas. Je réussis à vendre mon blé plus cher aux cochons que si je décidais de l’envoyer pour la farine. Même en régie biologique le blé semble l’enfant pauvre du système de mise en marché si on le compare aux performances du maïs et du soya. Bizarre quand même que les produits céréaliers transformés biologiques sont seulement 20% plus cher que le conventionnel, alors que le prix de la matière première est 200% plus cher. On veut de la biodiversité, mais on ne la paye pas!

Aujourd’hui, les gens souhaitent une voie de contournement pour Montréal alors que le pont Champlain en était une en 1964. On a tout bâti autour en éliminant des terres agricoles. La disparition des oiseaux et des abeilles c’est de notre faute, et il semble que tous les produits chimiques qu’on retrouve malheureusement dans l’eau viennent du milieu agricole, sans parler de toutes les maladies qui sont probablement causées par nos actions et les gaz effet de serre… Ben! C’est de la faute aux animaux que les agriculteurs élèvent! Je trouve qu’on nous en met beaucoup sur le dos. La grisaille me rend gris ce matin. J’avoue que ça me met en rogne. Soyez sans crainte. Quand le soleil va revenir j’aurai tout oublié et je vais recommencer à me démener 20 heures par jour pour sortir des tonnes!….pas cher, mais de meilleure qualité, plus écolo, sans ci, sans cela, avec amour et passion. On essaie, on y travaille, mais désolé, y’a des matins où je doute sur mes capacités à relever ces beaux GROS défis. Toute une vocation : Profession agriculteur!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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