Intentions d’ensemencements américains: l’incohérence des marchés…

Comme chaque année, avec la fin mars vient la présentation du rapport des intentions d’ensemencements américains pour le printemps. À noter d’entrée de jeu qu’il s’agit d’intentions basées sur un sondage auprès des producteurs américains… au début mars. Ceci veut dire d’une part que rien n’est vraiment « confirmé », et que d’autres parts les inondations de cette année dans le Midwest américain ne se reflètent pas dans ces chiffres.

Par contre, bien entendu, ces premiers chiffres donnent le ton à ce qui se devrait grossièrement d’être semé ce printemps. Et, qu’est-ce qu’ils disent ses chiffres?

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Pour le maïs, les analystes ont jonglé dans les dernières semaines avec de nombreuses hypothèses qui jetaient un certain doute à l’effet que les producteurs américains en sèmeraient vraiment plus cette année : les prix des engrais ont augmenté, le ratio soya/maïs ne favorise pas nécessairement plus de maïs, etc..

Ceci remettait d’ailleurs en question le pronostic du USDA de février dernier qui proposait une hausse de 89,1 millions d’acres l’an dernier à 92 millions d’acres cette année; la moyenne des prévisions des analystes étant de 91,3 millions d’acres pour cette année.

Mais, bien qu’on garde espoir qu’une entente États-Unis et Chine soit favorable au marché du soya, il semble que les producteurs américains ont choisi de ne pas prendre de chance, ceux-ci prévoyant ensemencer 92,8 millions d’acres de maïs, une hausse de plus de 4% par rapport à l’an dernier. C’est plus que ce que prévoyaient les marchés. En perspective, ce serait donc les 4e ensemencements les plus importants de maïs américain jamais enregistré; le record ayant été établi dans l’année suivant la sécheresse de 2012, soit en 2013 avec 97,3 millions d’acres.

Sans surprise, ce sont surtout les intentions d’ensemencements américains de soya qui écopent, en forte baisse de -4,6 à 84,6 millions d’acres. Il s’agirait alors du recul le plus important des ensemencements américains en soya depuis 2007, année qui avait affiché une baisse importante de plus de 14% par rapport à l’année précédente.

Les producteurs américains auraient aussi l’intention de « bouder » le blé, avec une réduction des superficies ensemencées cette année de 2 millions d’acres à un creux historique de seulement 45,8 millions d’acres. Le creux précédent remonte à deux ans, en 2017, avec 46,0 millions d’acres.

Suivant la publication de ce rapport, les marchés ont fortement réagi à la baisse dans le cas du maïs, forçant ce dernier à Chicago à revisiter de faibles niveaux qui n’avaient pas été observés depuis la fin septembre dernier. Après avoir hésité, les marchés du soya et du blé, pourtant en baisse dans les intentions d’ensemencements américains, ont aussi suivi la parade, clôturant ce vendredi en baisse.

Maintenant, est-ce que cette réaction des marchés a du sens? À mon avis, non…

Nous avons un début de saison qui s’annonce difficile avec les inondations aux États-Unis. Il n’apparait donc déjà pas cohérent ici de dire que le prix du maïs à l’approche du printemps soit comparable à celui observé en pleine récolte. Dans cette même veine, à un prix du maïs qui avoisine 3,50-3,60 $US/bo. à Chicago, nous sommes contraires à la tendance saisonnière voulant plutôt qu’il progresse au printemps. Enfin, avec des stocks américains actuellement en baisse depuis 2 ans, et toute une saison devant nous, encore une fois, dire que nous aurons des stocks beaucoup plus élevés l’an prochain basé sur des intentions d’ensemencements américains apparait nettement prématuré.

Les cas du soya et du blé sont aussi singuliers à la lueur de la réaction des marchés de ce vendredi. Oui, il est certainement vrai qu’au 1er mars dernier, les stocks de soya et de blé étaient plus importants. Cependant, spécialement s’il y a une entente favorable entre les États-Unis et la Chine, la situation pourrait encore rapidement changer à cet égard. Dire ensuite qu’avec des intentions d’ensemencements de blé et soya en baisse, leurs prix devraient reculer n’est donc pas nécessairement conséquent, encore moins à l’aube d’une nouvelle saison.

Nous nous retrouvons donc ici dans un cas typique où, des résultats présentés par le USDA en cette fin mars, il vaut mieux laisser la poussière retomber avant de tirer des conclusions prématurées.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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