La biodiversité dans tous ses états

J’aime la biodiversité, mais j’aime aussi avoir un certain sentiment de contrôle

J’ai eu le privilège de présenter notre vision de la biodiversité sur notre ferme lors du sommet agroenvironnemental la semaine dernière. C’est large le terme biodiversité.

En fait, j’ai à cœur la protection des insectes pollinisateurs, mais ça peut devenir achalant s’ils tournent trop autour de mon verre de bière en train de relaxer sur le patio. Je trouve ça beau un troupeau de chevreuils, mais je ne veux surtout pas en recevoir un en plein milieu de mon pare-brise. Frustrant de découvrir qu’une gang de ratons laveurs se sont payés une épluchette de maïs sans m’inviter. Je leur aurais sûrement proposé d’éviter le gaspillage. Que dire de nos amis les marmottes et rats musqués qui décident d’excaver un beau trou dans notre bande riveraine. Je deviens un peu moins conciliant quand  je tombe dans le trou. Les arbres et arbustes à entretenir au travers des mauvaises herbes qui ne veulent surtout pas laisser leur place. En fait, chaque fois qu’on désire soit cultiver ou intégrer une nouvelle plante dans la nature on bouleverse les choses, on dérange. Jusqu’où je peux déranger juste assez pour atteindre mes objectifs de récolte, tout en respectant la biodiversité naturelle en place? Tant qu’à y être de l’herbe à poux ce n’est qu’une mauvaise herbe. Quelques plants ici et là ça ne me dérange pas tellement, mais pour quelqu’un qui est allergique elle devient la plante à éliminer. Au diable la biodiversité.

En fait, j’aime la biodiversité, mais j’aime aussi avoir un certain sentiment de contrôle. On installe des arbres d’espèces différentes aux endroits stratégiques déterminés. Des espèces solides qui ne nous tomberont pas dessus à chaque tempête. Différentes espèces de combinaisons de plantes pollinisatrices sur nos 17 km de bande riveraine. Neuf cultures différentes dans notre système de rotation, huit espèces de plantes de couverture implantées stratégiquement dans notre système. On couvre le sol et on y réduit nos travaux  afin de favoriser une forte population de vers de terre. Hey! 25% de tous les êtres vivants de la planète vivent sous nos grosses bottines. Un gramme de sol contient cinq millions d’organismes vivants. Wow! 25 trous et de vers sur chaque mètre carré correspondent à 1 TM de vers qui ont la capacité de bouffer et de brasser l’équivalent de leur poids quotidiennement. Ce qui veut dire que chez nous il se brasse plus de 400 TM de sol et de résidus chaque jour.

Le plus beau de l’histoire c’est qu’on peut tirer profit d’une bonne biodiversité. Tsé quand on décolle une culture de blé d’hiver dans laquelle on intègre un trèfle au printemps qui lui nous permet de produire une récolte de 10 à 15 % plus élevée l’année suivante, tout en ayant réussi à utiliser 50%  moins d’azote minéral pour un même résultat global. Chaque unité de N minéral commercial dégage 8 kg de CO2 alors que la même unité N sous forme organique ne dégage que 1,5 kg de CO2.  Même rendement cinq fois plus performant coté GES, un maïs « vert », là on jase.

Partout dans le monde les agriculteurs sont des maîtres dans l’art de s’adapter aux conditions environnantes pour réussir à se nourrir et à nourrir les gens. Je me sens privilégié de faire partie de ses hommes et de ses femmes de terre qui innovent sans cesse. C’est ce qui rend notre profession passionnante. « Thumbs up » Profession agriculteur!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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