Laver son linge avec du Roundup

Ceux qui exigent l’interdiction de la vente du glyphosate devrait regarder du côté des produits qu’ils utilisent à la maison.

Le titre pique certainement votre curiosité! Attachez votre tuque! En fait, le glyphosate se dégrade vraiment très rapidement dans le sol, comme l’indique le fabricant. Je vous épargne l’explication de sa dégradation chimique qui nous amène à ce qu’on appelle AMPA. C’est quand il est sous cette forme qu’il peut rester plus longtemps dans le sol, voire même s’accumuler et entraîner à long terme d’autres problèmes. Ce sont les conclusions d’un groupe de recherche indépendant qui a trouvé la façon de mesurer l’AMPA dans nos sols.

Notre ferme faisait partie des 44 sites échantillonnés en 2014 pour mesurer le comportement du glyphosate et de l’AMPA. On pourrait bomber le torse en constatant que nos niveaux sur la ferme sont en dessous de la moyenne du groupe et que le groupe en entier est bien en dessous des niveaux de certains pays. Eh bien non. On peut vraiment faire mieux! Certaines techniques de dégradation, comme l’implantation de plantes intercalaires et de couverts végétaux, seront évaluées pour valider certaines observations.

De notre côté, chez nous, on a modifié notre système de culture et réduit les quantités de glyphosate appliquées. En fait, on l’utilise quand il n’y a pas d’autre option. Il nous reste à mesurer si on a réussi à réduire nos niveaux d’AMPA sur les mêmes sites échantillonnés en 2014.

Et voilà qu’on renouvelle l’homologation du glyphosate pour les 15 prochaines années. Il n’en fallait pas plus pour enflammer les lignes ouvertes sur de supposées conspirations. Arrêtons la vente du glyphosate! Des énoncés comme : le glyphosate est un puissant insecticide qui se retrouve dans nos assiettes! Ça démontre la profondeur et la connaissance du sujet.

Au final, ça fonctionne. Ça insécurise les consommateurs. Malheureux qu’il n’y ait pas d’instance neutre pour remettre les vrais faits sur la table. Le plus drôle, c’est qu’on nous apprend que la majorité des savons utilisés aujourd’hui dans nos maisons contiennent ni plus ni moins que de l’AMPA. En fait, on pourrait caricaturer et dire qu’on lave notre linge sale avec du Roundup.

Imaginons maintenant les quantités d’AMPA carrément « flushé » par certaines villes directement dans les cours d’eau. Le chercheur nous avise de nous méfier des boues municipales qu’on nous offre d’épandre sur nos sols agricoles. Eh oui, ça contient de l’AMPA. Ils atteignent ainsi leurs cibles environnementales en déplaçant le problème dans les champs. Malheureux et déprimant qu’en fin de compte, c’est l’agriculteur qui se fait pointer du doigt. Comme si on était d’obscurs pollueurs inconscients.

On a peut-être trop utilisé le produit, peut-être mal. Il est encore temps d’agir et de démontrer qu’on peut faire mieux. Souhaitons que ceux qui crachent en l’air en exigeant l’interdiction de la vente du produit regardent plutôt du côté de leur propre maison. Dites-vous que si utiliser 1,75 l/ha de glyphosate nous permet d’utiliser 50 l/ha de carburant en moins, d’augmenter la biodiversité de notre sol, de réduire l’érosion, d’augmenter le pourcentage de matière organique et de capter plus de carbone tout en réussissant à nourrir plus de personnes… Il me semble qu’on en ressort tous gagnants.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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