Manqué le bateau cet été… on fait quoi?

D’ici 2-3 semaines nous y serons! La récolte 2017 devrait débuter si elle ne l’est pas déjà dans certaines régions. Côté marché des grains, on ne peut pas dire que les perspectives soient particulièrement intéressantes pour cet automne.

Comme chaque année, les « bases » dans le maïs et le soya au Québec ont amorcé leur recul vers leur creux saisonnier.

À Chicago, le marché du soya a de quoi faire sourire un peu. Malgré des récoltes très importantes tour à tour en Amérique du Sud puis maintenant aux États-Unis, la demande ne démord pas. Ceci aura permis aux prix de regagner un peu en fermeté suivant leurs creux de la fin août. De son côté, toujours à Chicago, le comportement du maïs est plus inquiétant. Le Brésil a obtenu une récolte record et les meilleurs rendements attendus cet automne aux États-Unis plombent les prix.  Enfin, après s’être enflammé cet été en raison des conditions trop sèches aux États-Unis, mais aussi au Canada, le marché du blé a depuis perdu de son lustre. À Chicago, il semble reprendre un peu de terrain, mais à Minneapolis (blé de printemps), il continue de reculer de ses sommets de juillet.

Ajoutant une dernière touche plus difficile pour cet automne, le dollar canadien a grandement progressé depuis l’hiver dernier, passant de moins de 0,74 à plus de 0,81 CAN/US. Rappelons qu’un raffermissement du dollar canadien n’est pas une bonne chose pour les producteurs de grains du Québec. En réalité, chaque fois que le dollar grimpe, il exerce une pression à la baisse sur les prix. Ainsi, pour par exemple un prix du maïs à 200$ la tonne au printemps dernier ($CAN autour de 0,73), toute autre chose étant égale, un passage du dollar canadien à plus de 0,81 $CAN a exercé une pression à la baisse vers 180$.

En sommes, nous n’avons donc pas grand-chose sur la table pour les producteurs qui espèrent vendre peut-être un peu plus cher que l’an dernier leurs grains à la récolte. Difficile ensuite de jeter un coup d’œil en arrière, alors qu’en juillet dernier la hausse des prix aura proposé une progression du maïs et du soya au Québec autour de 205-210 $ la tonne récolte dans le maïs, et à plus de 250-260 $ la tonne dans le soya récolte (selon les régions).

À partir d’ici, la question se pose: qu’est-ce qu’on peut faire pour vendre un peu plus cher son grain à la récolte?

Malheureusement, avec aussi peu de marge de temps pour implanter une stratégie commerciale gagnante, les options sont très limitées :

  • Espérer récolter plus hâtivement pour profiter de dernières opportunités de marché avant que les récoltes battent leur plein et enfoncent les prix.
  • Prendre quelques instants pour marcher ses champs et évaluer avec plus de précision les volumes qui seront récoltés. Si on constate avec une certaine assurance que les quantités récoltées dépasseront les capacités d’entreposage, contacter dès maintenant des acheteurs pour repérer des opportunités de ventes à l’avance intéressantes. Qui sait?
  • Prévoir si possible des ventes récoltes plus tardives, pour le début décembre. Il n’est pas rare qu’une fois les récoltes terminées, nombre de producteurs s’assoient ensuite sur leurs récoltes sans vendre un seul grain avant plusieurs semaines. Entre temps, certains acheteurs n’hésitent pas à offrir un peu plus, même en décembre, pour contracter certains volumes.
  • S’étirer le cou un peu en tentant d’implanter des stratégies de fermeture de ventes à l’avance sur la base, pour espérer ensuite un rebond un peu plus rapide que prévu des prix à la Bourse, et/ou encore un brusque recul du dollar canadien. Avec le début des ensemencements en Amérique du Sud, le marché du soya apparaît un meilleur candidat à ce jeu cet automne. Mais, dans tous les cas, pour ceux qui veulent se risquer à cette approche, il reste important ici de rester particulièrement à l’affût tous les jours de la situation dans les marchés.

En-dehors de ces quelques possibilités, la combinaison « faibles bases, faibles prix à la bourse et dollar canadien fort » pointe à nouveau cet automne dans une seule direction très claire comme approche commerciale : « entreposer ». Cependant, le fait d’entreposer ne veut pas dire pour autant ne rien faire.

Avant même les récoltes, le mois de septembre est l’un des mois où il est souvent le plus approprié de travailler ses stratégies de commercialisations post-récolte.

  • Les creux des marchés sont ou sont souvent sur le point d’être atteints à la Bourse;
  • Avec les faibles prix à la bourse, des opportunités de « bases » intéressantes pour des ventes au cours des prochains mois ne sont pas rares;
  • Les marchés météo sont derrière nous et les volumes qui seront récoltés sont mieux connus. Les prix sont donc moins nerveux, et il devient plus facile de se fixer des objectifs de vente qui tiennent la route.

Enfin, à quelques semaines de battre à plein régime, il n’est jamais mauvais d’avoir les idées claires sur ses objectifs de ventes et stratégies de commercialisation. Comme on sait, c’est souvent lorsque le temps nous manque que les marchés peuvent surprendre. Aussi bien prévoir le coup d’avance…

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