Quand les marchés n’ont rien à se mettre sous la dent…

Nous avons eu pour débuter 2017 une année pour le moins intéressante dans le marché des grains. Malgré des inventaires à des sommets, à Chicago, les prix auront su grimper davantage. À la fin février, le maïs affichait une progression annuelle de +4% à 3,73 $US/boisseau, le soya de +20% à 10,37 $US/boisseau, et le blé à Minneapolis (blé de printemps) de +10% à 5,40 $US/boisseau.

On peut ici avancer de nombreuses raisons pour expliquer cette situation, mais ce qui ressort du lot, c’est que tranquillement, la demande de grains reprend du poil de la bête.

En 2016, ceci faisait cruellement défaut, ce qui n’aura pas manqué d’ailleurs d’écraser les prix, surtout ceux du maïs et du blé à Chicago. Bien entendu, les excellentes récoltes américaines auront aussi ajouté leur grain de sel, alourdissant d’autant le contexte à l’automne dernier. L’exception à la règle aura été le soya qui a su profiter d’une mauvaise fin de saison en Amérique du Sud l’an dernier et de la fermeté de la demande chinoise pour garder le cap.

Mais 2017 s’est amorcée avec une très bonne demande autant des côtés du maïs que du soya. Elle est aussi au rendez-vous pour le blé, mais dans ce cas-ci, c’est surtout le désintérêt grandissant des producteurs pour la céréale qui préoccupe davantage. En effet, du côté américain, on sait déjà que les superficies cultivées en blé d’hiver ont atteint un creux inégalé depuis 1909. Difficile en ce sens de ne pas déjà s’inquiéter…

Ainsi, jusqu’à tout récemment, les astres semblaient bien alignés pour les prix des grains pour 2017, laissant « enfin » miroiter de meilleures perspectives de prix à l’horizon pour les producteurs.

Malheureusement, on ne peut dire que les deux dernières semaines auront été à l’image du début de 2017, les prix des grains ayant encaissé un revers inquiétant. Mais faut-il vraiment s’en préoccuper?

Il y a toujours matière à rester attentif à ce qui se produit dans le marché des grains. Dans de nombreux cas, on peut y déceler des signes précurseurs d’un changement de cap important et définitif. Mais le mois de mars n’est certainement le meilleur moment pour brouiller du noir.

Le mois de mars représente une curieuse de période. Les récoltes sont débutées en Amérique du Sud avec du nouveau grain qui inonde les marchés. On ne peut toutefois établir encore avec justesse ce que seront les répercussions de cette nouvelle manne de grains sur les chiffres d’exportations de grains américains.

Aux États-Unis, les rumeurs foisonnent concernant ce que sèmeront les producteurs américains et ce que sera la météo pour débuter la saison en avril. Dans les deux cas, il s’agit surtout d’anticipation et de prévisions encore bien incertaines. Ceci rend pratiquement caduque toute tentative d’essayer de prévoir avec justesse la direction des prix pour les semaines à venir.

Enfin, pour ne pas aider les choses, les nouvelles qui ont la capacité d’influencer concrètement les prix se font plus rares. C’est le calme plat, et tous les yeux se tournent maintenant vers la prochaine saison, attendant que de premiers chiffres plus concrets permettent d’y voir plus clair. La date butoir?

C’est le 31 mars, avec la publication du rapport sur les intentions d’ensemencements américains du USDA, que le coup d’envoi sera donné. À partir de ce moment, les analystes et les marchés pourront commencer à établir de plus justes projections de récoltes pour l’automne prochain. Deux semaines plus tard, le USDA débutera aussi la publication de son rapport hebdomadaire sur la progression des ensemencements américains. Bien entendu, chapeautant toutes ces nouvelles informations, nous aurons également un portrait plus clair de la situation concernant les conditions météo de début de saison.

Faut-il ainsi vraiment s’inquiéter du récent revers des prix à Chicago? La prudence est toujours de mise dans les marchés. Mais en plein mois de mars, on ne peut vraiment s’étonner de les voir reculer à défaut de nouvelles à se mettre sous la dent. La situation sera par contre bien différente d’ici peu. Nous aurons davantage d’information sur le début de saison aux États-Unis et des projections plus justes de ce que pourraient être les récoltes à l’automne prochain.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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