Reconnaître ce qui se fait déjà dans le champ

Il faut trouver une façon de récompenser les actions innovantes déjà implantées sur les fermes

On attendait avec impatience la nouvelle politique agroenvironnementale qui devrait guider nos actions pour les dix prochaines années. Un beau slogan: Agir, pour une agriculture durable.

Le Plan d’agriculture durable 2020-2030 définit plusieurs objectifs à atteindre :

  • Réduire l’usage des pesticides et les risques qui y sont associés;
  • Améliorer la santé et la conservation des sols;
  • Améliorer la gestion des matières fertilisantes;
  • Optimiser la gestion de l’eau;
  • Améliorer la biodiversité.

Des indicateurs clés à portée nationale permettront de mesurer le degré d’atteinte des objectifs du Plan :

  • Réduction de 500 000 kilogrammes des pesticides de synthèse vendus.
  • Usage des pesticides – Réduction de 40 % des risques pour la santé et l’environnement.
  • 75 % des superficies cultivées seront couvertes en hiver par des cultures ou par des résidus de cultures.
  • 85 % des sols agricoles auront un pourcentage de matière organique de 4 % et plus.
  • Réduction de 15 % des apports de matières fertilisantes azotées sur les superficies en culture.
  • Amélioration de l’indice de santé benthos des cours d’eau dégradés d’une classe ou de 15 unités.
  • Réduction de 15 % de la concentration en phosphore total des cours d’eau.
  • Doubler les superficies agricoles aménagées (bandes riveraines élargies et haies brise-vent) favorables à la biodiversité.

C’est motivant de voir qu’on s’enligne pour un meilleur accompagnement et un meilleur soutien vers l’adoption de nouvelles techniques innovantes. Je ne veux pas être « langue sale », disons que ce n’est pas la première fois qu’on lance de beaux objectifs lors d’une conférence de presse et que les résultats sont disons quelque peu discrets. Hey! On se réveille et on se grouille les foufounes.

On ajoute  l’agroenvironnement au cœur de notre système de culture. On augmente notre cadence et on prend le temps d’essayer de nouvelles façons de travailler. Pas de paperasse inutile, ni de fonctionnaires qui grattent du papier, mais bien un VRAI  support d’agronomes qui nous accompagnent DANS le champ. Pas d’histoire de pourcentage prédéfini de matière organique à atteindre, de quantité « X », de date maximum d’intervention, de numéro de matricule… Pas de « taponnage ». Un accompagnement par notre agronome vers une réalisation de  notre PAA qu’on établit déjà avec lui depuis plusieurs années. Les outils sont déjà là, il suffit de les valoriser. J’aimerais qu’on reconnaisse aussi ce qui se fait déjà.

Semis direct maïs 150 cm avec corridor solaire de trèfle et vesce. Objectif maïs-grain 2021 avec 50 % moins de N minéral.
photo: Paul Caplette

Exemples terre à terre. Si on espère encourager l’agriculteur à augmenter sa surface de couvert végétal à l’automne. Si on est déjà couvert à 95 %, il se passe quoi? Élargir les bandes riveraines. Si je suis déjà à sept mètres… Réduction des indices de risque liés aux pesticides de 40 %. Si je suis déjà à 42 %…

Notre registre de pesticides est à jour et il se défile sur plus de 700 lignes disponible en deux minutes, pourquoi perdre quinze heures de temps pour un agronome à le retranscrire sur une autre plateforme? Quand je parle de paperasse inutile, c’est ça! Tellement de temps perdu à remplir de simple colonne, alors que c’est dans le champ que j’ai besoin de l’agronome. Comme agriculteur je dois connaître mon point de départ et aller vers des résultats globaux améliorés en fonction des réalités de ma ferme.

Ce serait désolant de constater que ceux qui ont innové, payé pour les erreurs d’ajustements et développé leur savoir-faire soient laissés à eux-mêmes. Il faut trouver une façon de récompenser les actions innovantes déjà implantées sur les fermes qui ont déjà un profil agroenvironnemental positif en plus de produire des aliments de qualité.

J’entrevois de beaux défis à accomplir d’ici 2030. Les résultats seront surprenants! Question de fierté : Profession agriculteur.

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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